Le boldu

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« Le boldu croît naturellement dans les forêts du Pérou. Il n’a point encore été apporté en Europe mais il est probable qu’on pourrait l’y cultiver, avec quelques précautions » Encyclopédie méthodique d’agriculture, 1791


Sur le postmodernisme (part.2)

Publié par le boldu - blog littéraire sur 29 Décembre 2015, 14:09pm

Catégories : #Pensées

Sur le postmodernisme (part.2)

Si l’on en croit la définition de wikipédia, le postmodermisme en littérature est un recours récurrent à l’ironie, au second degré, comme manière de se protéger contre le lyrisme et son inavouable naïveté. Le vingtième siècle et son lot de barbaries ont en effet conduit à ce que l’homme ne puisse plus se regarder autrement que comme une machine à exécuter sa propre besogne – un rouage de la machine. Il a été voué à l’impuissance par les clichés moribonds de son histoire. Avant, l’homme romantique était centré sur son point de vue (subjectif) ; aujourd’hui, il est obligé de se conformer à la fragmentation des points de vue, ou au décrochage des modes de narration que l'esthétique postmoderne lui impose. Des livres comme Tandis que j’agonise (Faulkner), Les détectives sauvages (Bolaño), ou La maison des feuilles (Danielewski) ont abondamment illustré cette profusion des points de vue. Dom Quichotte était le premier roman à avoir expérimenté la distanciation moderne (Cervantès y recourrait, dans le second volume, à une narration avec le recul du premier). A l'extrême, La vie et les opinions de Tristram Shandy constitue une escalade sans précédent dans le commentaire de son propre commentaire (jusqu'à la suffocation ?). L'esthétique postmoderne n’est donc pas tout neuve. La question est : est-elle dépassable ? Et, si oui, comment ?... Peut-on indéfiniment asséner aux générations qui arrivent que leur « innocence » a été perdue par leurs prédécesseurs, et qu'ils sont condamnés à vivre dans un univers où les seuls postulats esthétiques sont le désenchantement, l'ironie réflexive, et la mise en abîme à l'infini ? Je ne suis pas prophète en mon pays, mais je gage que les générations futures n'auront pas plus de raison que la nôtre de se voir imposer une façon de penser (une façon de penser, qui plus est, héritée de la surenchère à l'américaine).1 N'avoir comme ambition que de copuler (avec toutes les fantaisies que la trashitude, certes, nous propose) ou n'être qu'un maillon de la chaîne en période ultralibérale ne peut guère convenir à une génération naissante. Le trash comme esthétique, l'attitude volontairement désinvolte du narrateur à l'américaine ou le désenchantement de commande vont – je l'espère – finir par lasser. Par quoi seront-ils remplacés ? Et le kaléidoscope des possibilités d'internet va-t-il concourir à l'apparition d'une nouvelle esthétique alors qu'il semble au contraire militer en faveur de la démultiplication des points de vue et d'un relativisme sans limites?

1 Pour ce qui est de la France, nous pouvons dire que le postmodernisme s'y est développé tangentiellement puisque les excès du Nouveau roman (ou de l'Autofiction) ont conduit à d'autres égarements, plus formalistes que narratifs, et que la notion même de narration y est parfois vue par les tenants de l'école française comme ringarde et dépassée. Chez nous, il y a une tendance à ne pas avoir d'autre horizon fictionnel que le langage, seule façon d'échapper à la mainmise de la mondialisation sur notre culture, selon une rhétorique un peu protectionniste.

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