Le boldu

Le boldu

« Le boldu croît naturellement dans les forêts du Pérou. Il n’a point encore été apporté en Europe mais il est probable qu’on pourrait l’y cultiver, avec quelques précautions » Encyclopédie méthodique d’agriculture, 1791


Surendar

Publié par le boldu - blog littéraire sur 15 Décembre 2015, 14:07pm

Catégories : #Voyages, #portrait, #Journal

Pour parcourir le Rajasthan, nous avons eu besoin de recourir aux services d’un chauffeur qui nous a menés de ville en ville. Il s’appelait Surendar. Plutôt petit, frêle, invariablement revêtu du même pantalon de toile blanc, Surendar roulait des yeux filous au milieu de son visage poupin mâtiné d’after-shave. Ses principes sont simples : « If you’re happy, I’m happy » - un principe d'entropie. Anyway, comme il se plaît à le répéter en tenant le volant, we’re on the way, my friends, tous les trois englués dans les banquettes arrières de son minibus blanc. Bravant le vent, la poussière et les furies élémentaires, nous traversons les solitudes rajasthani à la vitesse de 30 miles/h – qu’au grand jamais Surendar ne dépasserait, car il compte bien se refaire sur le maigre budget d’essence. Sa conduite est irréprochable. Prise de risque minimale, bénéfice optimal – everybody’s happy. De cet homme sans histoires, nous ne connaîtrons finalement que les péripéties du langage.

Passant devant une vache :

« Look at the holiness of the well sacred cow »

Devant un cul de basse fosse :

« You know that this lake is empty because there is no water. »

Surendar est passé maître dans l'art de la resquille. Douze ans de bons et loyaux services à la Destination 88 Compagny ont fait de lui un homme rompu aux techniques d’entourloupe touristique. Son tatouage de Shiva, sur le dos de la main (c'est-à-dire à l’opposé du poil qui se trouve dans sa paume), en atteste. Qu’il s’agisse d’un horaire, ou d’un point de rendez-vous, tout est à négocier :

« Bon alors, pour demain matin, dix heures trente ?

You have tri tchoïce, Misteure. Eizer Ileven o’clock, eizer tvelve o’clock, or maybi one o’clock. Bifore that it’s impossibeule.

– Comment ça, impossible ?

Absoloutly impossibeule ! »

Journal, 2001

"The lake is empty because there is no water"

"The lake is empty because there is no water"

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