Le boldu

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« Le boldu croît naturellement dans les forêts du Pérou. Il n’a point encore été apporté en Europe mais il est probable qu’on pourrait l’y cultiver, avec quelques précautions » Encyclopédie méthodique d’agriculture, 1791


Le bandana de D.F. Wallace (2)

Publié par le boldu - blog littéraire sur 24 Mai 2016, 13:58pm

Catégories : #Journal, #Séries

Le bandana de D.F. Wallace (2)

Il n’y a pas si longtemps, je suis allé voir une conférence sur David Foster Wallace. Elle avait lieu dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Je m’étais inscrit à l’avance, mais je n’avais pas prévu qu'elle se déroulerait en anglais. Je suis arrivé vers 14 heures, et on m’a donné une présentation du séminaire, ainsi qu'un bandana blanc. J’ai attendu, sagement, dans les travées. Je ne me faisais pas trop de souci : je me disais qu’il y en aurait bien un, à un moment, qui parlerait français. Mais je me trompais... Lorsque le colloque a commencé, l'un des types qui l'animait s’est mis à parler en anglais, très vite, et avec une voix de stentor. Il répétait sans cesse : postmodernism, modernism, post-postmodernism – et les autres hochaient la tête d'un air entendu. De temps à autre, le conférencier intercalait des mots comme : depression, suicide, anxiety (ce qui me donnait, il faut l'avouer, un peu de grain à moudre)... Dans le fond, un poster représentant le couple de revolvers du groupe de rock Guns N' Roses était affiché (c'était son groupe préféré). L’occurrence du mot postmodernism était en train de devenir insupportable... Je me demandai comment j'allais me sortir de là. J’ai fini par trouver une issue. Il y avait une petite porte sur le côté, et le hall de l'amphithéâtre donnait sur l'extérieur. Je me ruai vers les quais. Il faisait beau, chaud, et quelques étudiantes s'échangeaient le long de la Seine ce que je supposai être les photocopies pour les partiels à venir. J'étais libre, enfin... Débarrassé de la vaste fumisterie que peuvent constituer, parfois, ces théories vaseuses qui soutiennent le travail des universitaires lorsqu'ils veulent justifier, après coup, l'oeuvre d'un auteur mort. Je n'étais pas parti les mains vides non plus... J'avais le fameux bandana blanc de David Foster Wallace, celui qu'il avait porté pendant toute sa vie, noué autour du cou comme la promesse de cette corde qu'il devait décider de passer un jour de septembre 2008, au paroxysme de la dépression.

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