Voyager

Publié le 13 Octobre 2014

 

Je voulais voyager

J’ai toujours voulu voyager

Mais mes frères et mes sœurs de la Nécessité

m’en ont peu à peu dissuadé

– Voyager ? m’a dit le poète,

D’abord il te faut travailler 

Vingt fois sur le métier... – oh oui je sais je sais

Mais ne faut-il pas vivre

avant de s’assagir ?

– Vivre, m’a dit le poète

Vivre est un bien grand mot 

Et l’on n’a pas fini de vivre que c’est déjà le terme

Il n’est jamais trop tôt, par contre, pour se mettre

à l’ouvrage

Comme il n’avait que ce mot à la bouche

Et que ce mot me semblait prompt à m'énerver

Je suis allé voir ma sœur, la Douloureuse,

Celle par qui passe toute chose et toute menue monnaie

– Voyager? m’a-t-elle dit

Voyager est un leurre 

Ou bien change de métier 

Le poète ne voyage qu’en imagination

Il recrée les endroits qu’il a vécus en rêve

Et il n'a pas besoin d'aller à l'autre bout de la terre pour inventer des mondes

Comme l’idée semblait juste

Mais la fin hasardeuse

J’ai voulu voir

un peu

J’ai voyagé de-ci de-là

Je crois que j’ai même vu cinq continents

Aucun ne m’a paru aussi beau que l’Afrique

où les gens sont si simples

et les choses sont si belles

qu’on a peine à quitter ses terres arides et sèches

Mais on ne se refait pas

Lorsque l’on naît au Nord

on est quelqu’un du Nord

On aime sa richesse et sa complexité

On aime regarder, dépecer, élaguer, déblayer ce qu’au Sud on n’aurait pas trouvé

On aime voyager pour pouvoir revenir

A ses racines mêmes

A ce qui fait qu’au fond on a voulu partir

Que l’on naisse riche ou pauvre, la nature est la même

Et les hommes généreux s’ils ont un peu vécu

Je suis quelqu’un de France

Je n’en éprouve ni honte, ni fierté

Je m’y suis attaché par la force des choses

Et nul à part l’exil ne peut m’en faire changer

On ne demande pas à un arbre de se couper de ses racines

Il naît et croît dans la forêt, grandit progressivement

S’élève dans les hauteurs pour prendre du recul

Et lorsqu’il a bien vu qu’autour de lui n’étaient que des arbres

Une multitude d’arbres tous semblables à lui-même

Il écarte les branches pour s’emmêler aux autres.

 
 

Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article