Mélo
Publié le 11 Juillet 2023
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Le deuxième livre de Frédéric Ciriez est intéressant par sa structure. Il s'agit d'un triptyque (peut-être aurait-on pu d'ailleurs l'appeler comme ça ?), qui met en présence trois histoires parallèles, sans rapport apparent. En réalité, il existe un rapport, évoqué par l'intrigue, mais ce rapport est si ténu qu'on se demande même s'il valait la peine d'être mentionné. Et puis, on se demande ensuite si ce n'est pas ce rapport qui est intéressant, justement. Si ce n'est pas parce que ces personnages n'ont pas vraiment de rapport entre eux qu'ils deviennent intéressants. (Ils sont séparés, vivent dans des mondes clos.) Le premier, par exemple, est un syndicaliste qui enchaîne les échecs, et incarne la démission du collectif contemporain. Il finira par se suicider. Il n'a pas vraiment de rapport avec le deuxième, si ce n'est qu'ils se voient parfois dans des soirées. Le deuxième est un chauffeur de camion de la voirie municipale, mais il joue souvent les secondes mi-temps en menant une double-vie de "sapeur" dans les soirées. (L'évocation d'une de ses joutes verbales est un vrai morceau de bravoure). La troisième est une vendeuse à la sauvette qui passe son temps sur ses rollers. Jusqu'à ce qu'on découvre qu'elle est en réalité une étudiante en école de commerce qui s'impose ces mises à l'épreuve quotidiennes pour affronter la dure réalité du terrain. Ce ne sont pas tant les révélations progressives sur les personnages qui les rendent intrigants, que leur bulle. (Le sapeur dans la sape. Le syndicaliste dans son mouroir. La rolleuse dans sa course effrénée à la gagne.) Ils croient chacun en leur réalité. Mais elle entièrement étrangère à celle des autres, et c'est cela précisément, leur étrangeté à l'autre, qui les rend contemporains. Ces trois personnages foncent chacun droit dans un mur – chacun le sien. Frédéric Ciriez nous les rend attachants, en les décrivant minutieusement. Il se dégage d'eux un sentiment d'étrangeté, dans le sens où chacun vit séparé des autres, représentant d'un échantillon de l'espèce sociale clos, et refermé, mais qui est relié aux autres par un dérisoire objet de la vie quotidienne qui leur a permis incidemment de se rencontrer (les soirées pour les deux premiers, et un briquet qui représente une femme nue stylisée pour les deux autres).
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