Punta Arenas

Publié le 4 Juillet 2013

Punta Arenas

Après une escale à Santiago (ville sans grand intérêt, essentiellement délabrée), nous nous retrouvons à Punta Arenas pour la nuit de la Saint Sylvestre. Le 31 décembre dans un lieu reculé du globe est une expérience que j’ai déjà vécue en Argentine. Aussi m’empressé-je d’entraîner ma compagne sur les plages du détroit de Magellan, en vue d’y déguster une coupe de champagne made in Chile. Nous usons pour ce faire de petits gobelets télescopiques. C'est-à-dire qu'ils peuvent se développer, dans le sens de la hauteur, pour devenir une coupe ou un verre à pied. Mais bizarrement, aussitôt le verre rempli, pour peu que les gouttes dégoulinent, l’aimantation qui soutient les différentes parties perd de ses vertus, et le gobelet dégringole. La descente, comme on dit, en est facilitée.  Bien qu’un peu gris, le froid aidant, nous nous replions en direction de la Pension Dinka’s. Une demi-douzaine d’Italiens y attendent l’heure fatidique, en se gobergeant. Voix stridentes, rires forts et gras, gobelets qui trinquent au-dessus des tables. En arrière-plan, la pensionnaire Dinka bougonne un peu : « Faudrait quand même voir à pas nous faire la nouba toute la nuit ! ». On s'installe. Inutile d’espérer avoir la moindre conversation. Tout est ourdi en vue de l’instant ultime, de l'apothéose des douze coups de minuit. Certains ont beau avoir l'air d'ébaucher des bribes de conversation, tous ont les yeux rivés en direction de la pendule - et, dans l’horloge interne de leurs coeurs réglés à l’unisson, un seul événement compte. Minuit, fatalement, sonne et, tandis qu'un petit homme à l'embonpoint prononcé revient des toilettes où il s’était passablement oublié, tous ont déjà fondu dans les bras l’un de l’autre. "Feliz año nuevo ! Feliz año nuevo !..." Oh, mais c’est tout juste si le pantalon ne lui en tombe pas, à ce petit homme, tant l’idée d’avoir pu manquer ne serait-ce qu’une seconde de l'instant fatidique lui paraît infamante. "Eh attendez-moi ! Moi aussi j'ai plein de choses à raconter !..." Là-dessus, un guitariste met tout le monde d’accord en entamant les notes d’un vieux standard connu de tous. Et la soirée se poursuit, dans l'ivresse et les gauloiseries. Pour parler franchement, je n’ai vraiment rien contre les Italiens. Mais il faut quand même avouer que ce sont parmi les gens les plus bruyants du monde lorsqu'il s'agit de festoyer. Le lendemain matin, à l’heure où les agapes sont terminées, tous sont déjà debout, sur le pied de guerre. Ils investissent la salle de vie. Et, tandis que les premiers accords résonnent dans le salon, j’entends par la voix d'un employé qui doit travailler non loin de là que notre groupe compte s’envoler séance tenante pour l’île de Pâques – où il a bon espoir, avec le décalage horaire, de fêter une seconde fois la Nouvelle année.

 

Punta Arenas

Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Journal

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M
Très interessant, ça me rappelle un excellent bouquin que j'ai lu récemment, &quot;Châtelet-Les Halles&quot; d'Alex Gaspard. Un petit chef-d'oeuvre à mon goût. Il brosse un tableau à la fois romanesque et hyper-réaliste de la société parisienne d'aujourd'hui. Les scénarios sont très bien ficelés, avec des références historiques et culturelles fidèles. Un peu philosophique parfois. Chaque histoire est un univers. Une vraie plume. Y'a quelques extraits sur http://gaspardmetskaia.blogspot.com<br /> Si vous avez d'autres bons bouquins récent à me conseiller, idéalment sur Kindle ou Kobo, je suis preneur ;-) Mathieu
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