Le boldu

Le boldu

« Le boldu croît naturellement dans les forêts du Pérou. Il n’a point encore été apporté en Europe mais il est probable qu’on pourrait l’y cultiver, avec quelques précautions » Encyclopédie méthodique d’agriculture, 1791


Londeau

Publié par le boldu - blog littéraire sur 16 Février 2016, 14:27pm

Catégories : #Journal

Londeau

L'année dernière, à la même heure, je prenais le poste de professeur des écoles remplaçant dans la cité du Londeau, à Noisy-le-sec. Je m'en souviens comme si c'était hier. Le temps était clair. Les tours de la cité se découpaient de façon particulièrement ciselée sur le ciel bleu. L'inhumanité flagrante de ce bout du monde architectural m'apparaissait dans toute son éclatante crudité. Les cours d'écoles étaient compartimentées, dans un grand enclos de tours. Partout, des parkings à l'abandon débordaient de cadavres de voitures éventrées, de moteurs démontés, de pneus crevés. On ne pouvait pas faire un pas sans tomber sur la vue d'un campement rom abandonné, ou d'une bretelle de circulation peinturlurée de partout. Tout était laid. Il n'y avait pas le moindre espace de beauté pour les populations parquées ici, en dehors de la scintillation sporadique d'un rayon de soleil qui allait et venait sur les capots. Les élèves étaient tous des Roms, des Portugais, des Maghrébins, des Turcs... Les instituteurs titulaires répandaient une savante aura d'intimidation dans leur sillage, faite de la brutalité dont ils avaient besoin pour se protéger. L'un deux devait d'ailleurs m'avouer au bout de quelques jours : « C'est en travaillant ici que j'ai découvert ma propre cruauté ». Les écoles du 9-3 sont pour la plupart dans un état d'abandon humain et matériel comparable. (Un professeur par semaine tombe en dépression.) S'il y avait un espoir dans les années 80-90, celui-ci s'est éteint sous des décennies de démagogie, et de surenchère dans la perte d'autorité. La cité du Londeau est un exemple architectural de cet échec, avec ses longs parkings de voitures rayonnant sur le bitume comme des balafres, et ses tours s'élevant comme autant de coups de poignards dans le haut ciel indifférent. Un jour viendra où (je le crains) plus personne ne voudra venir enseigner ici.

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