Publié le 8 Septembre 2026

     Allo ?... Oui, bonjour, je souhaiterais parler à la personne qui vient de m'appeller il y a un instant sur mon portable… D'accord, je ne quitte pas…  Comment, si je peux rappeler ultérieurement ?... Ben non, justement, je viens juste de vous rappeler parce que vous m'avez appelé il y a un instant sur mon portable mais si vous me dites que ce n'est pas vous… Oui, bon d’accord, je reste en ligne… Décidément c’est bizarre ça, de rappeler quelqu’un qui vous dit que ce n'est pas lui qui… allo ? oui, moi je vous entends bien mais vous apparemment vous ne me comprenez pas... je vous dis que je vous ai rappelé pour vous demander si c'était bien vous qui m'aviez appelé il y a quelques instants sur mon téléphone mais si vous me dites que non alors ce n'est pas la peine d'insister… ah si, maintenant vous vous souvenez ?... Mais de moi lorsque je vous ai appelé la deuxième fois, pas de moi quand vous m'avez appelé la première fois... Eh bien ça c'est bizarre. Il faut croire que les démons de la télécommunication se sont immiscés entre nous... Moi je me rapelle bien des deux fois... Oui, d'une certaine manière, je me souviens des deux vous... Enfin, je me comprends, quand je dis les deux vous je ne veux pas dire que vous êtes deux personnes différentes mais que je me souviens des deux personnes aux deux moments distincts où vous m'avez appelé. Oui, c'est très quantique, comme problème... Non, vous êtes certain que ce n'est pas vous ?... Quelqu'un avec le même numéro de téléphone que vous, alors ?... N'auriez-vous pas il y a peu changé de forfait et, le temps que votre opérateur effectue la portabilité, votre numéro serait resté le même... ? Non ?... Vous êtes sûr ? Enfin bon, ce qui compte c'est que nous nous soyons parlés, hein ?... Ce n'est pas si courant, d'ailleurs... On ne se connaissait pas il y a quelques minutes, et voilà que maintenant nous avons échangé quelques considérations sur le beau temps et la physique quantique ! Vous m’en voyez ravi, d'ailleurs… Mais oui c'est cela, très exactement, cher monsieur, je suis bien d'accord avec vous, ce n'est pas tous les jours que ça arrive, hein, des fois on en vient même à souhaiter que quelqu'un vous appelle, n'importe qui, histoire de pallier la grisaille du quotidien, alors on fait comme ça, oui, et moi de même, au plaisir de pouvoir se reparler comme ça accidentellement au téléphone !

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Rédigé par leboldu

Publié le 25 Août 2026

Dans un article paru il y a deux-trois ans, un journaliste faisait état de la recrudescence des punaises de lit dans notre pays et il pointait du doigt "une surverticalisation de la stratégie du fléau". Ce qui signifait, selon lui, que ce sont des individus désormais qui mettent en évidence les problèmes, en s'aidant si besoin des réseaux sociaux, au contraire de la tradition qui en attribuait classiquement la responsabilité à l'élite, ou à la presse. Le journaliste s'inquiétait... Quels seront les sujets qui leur resteront sous la main si tous les nanofléaux qui guettent la terre sont passés en revue par des individus disséminés, traîtreusement, derrière leur écran ?

Après Kafka, qui évoquait sa mutation en cafard (dans La métamorphose), et Cartarescu qui s'imaginait devenu un acarien (Solénoïde), quelle sera notre prochaine transformation en direction de l'infiniment petit ?

La punaise de lit semble l'avenir de l'homme.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Journal

Publié le 18 Août 2026

La solitude électronique

C'est quand tu n'as personne autour de toi

Et que tout le monde autour te semble posséder quelque chose

La solitude électronique

C'est quand tout le monde ment

Et que tu as l'impression d'être le seul à dire la vérité

La solitude électronique

C'est quand tu as le sentiment d'être abandonné

Alors que tu es déjà tout seul depuis longtemps

La solitude électronique

C'est quand tu te sens de plus en plus perdu

Au milieu d'autres millions d'hommes qui le sont tout autant

Car, plus le peuple grandit

Plus les communautarismes se densifient

Et plus cette solitude croît

Sans que toi, frêle individu, tu y trouves ton compte

La singularité n'est plus de ce monde !

Elle n'est pas convertible en une suite de zéros et de uns

Alors passe ton chemin, petit singleton 

(Tu ne fais pas partie de l'échiquier des années à venir)

La solitude électronique

C'est la conversion de ta personnalité en une norme de qualité ISO9001

C'est le fascisme de gauche

C'est l'opportunisme de droite

C'est tout ce que tu sens déjà confusément, autour de toi

Dans l'oreille assourdie

Dans l'odorat calfeutré

Dans les yeux mystifiés par le spectacle

Dans la permanente transmutabilité des êtres et des choses

Dans l'entrepreneuriat de soi

Et la destruction du sentiment d'appartenance

C'est le fait de n'être jamais seul

Et en même temps d'être toujours seul

Car tout autour de toi, aussi loin que tu regardes, tu le sais bien désormais

Dans la grande agora des communications et des egos

La solitude est d'autant plus difficile à porter que l'on se croit nombreux et entouré.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Publié le 7 Juillet 2026

     « Dans la langue française, le participe présent appartient à un mode dit impersonnel. Il donne au verbe une valeur d'adjectif : "le médecin soignant son patient", "l'élève apprenant sa lecon". Or, au cours de la grande mutation des années quatre-vingt, le management a fait officiellement son entrée dans l'organisation du travail. Il a alors transformé le participe présent en substantif, en nom ("un enseignant", "un non-voyant") ; puis on l'a associé au pluriel, pour créer des groupes, des catégories sociales ou professionnelles, comme "les apprenants", "les soignants", regroupant les écoliers, les collégiens, les lycéens ou les infirmières, les anesthésistes, les chirurgiens, et ainsi de suite. On arrivera bientôt aux "opérants" et aux "encadrants", pour remplacer les différents types d'ouvriers et de techniciens. Autrement dit, l'impersonnel est devenu personnel. Qu'est-ce que cela implique ? […] La langue du management, sous couvert de simplifications, a entraîné la suppression des singularités, des métiers, du savoir-faire. S'il n'y a plus d'instituteurs, de professeurs, d'universitaires, d'écoliers, de cancres, de collégiens, d'ambulanciers, d'infirmières, de chirurgiens, c'est qu'il y a des enseignants, des apprenants et des soignants. Je me rappelle sa formule, qu'il répéta plusieurs fois : " L'impersonnel devenu personnel rend impersonnelle chaque personnalité." »

 

       Bruno Marsan/Lafourcade, Underdog

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #lectures

Publié le 30 Juin 2026

        Le courant de la machine passe à travers moi, je ne peux plus exister sans elle, je suis relié à elle, comme une batterie qui me rechargerait, elle me donne l'énergie dont j'ai besoin pour vivre, sans elle je ne suis rien, je ne serais plus réduit qu'à mon petit monde physique, qu'à ma petite localité mentale, grâce à elle je me surpasse, grâce à elle je peux enfin me répandre dans le monde séminal des flux, je peux enfin exister en dehors de moi, je ne suis plus seul mais plusieurs, je suis à la fois moi et les autres, je suis à la fois moi fragile et consentant, ubiquitaire et tout-puissant, frêle petite diode scintillant sur le long chemin de l'information, conscience égarée enfin sortie du nid par le biais de cette grande conscience collective qui nous dépasse tous, et je rends grâce au flux pour cela ! car c'est lui qui m'allume, c'est la machine qui m'illumine, c'est la machine qui me donne mon rythme et mon emploi du temps, c'est elle qui me dicte mes rendez-vous, qui me fait vibrer quand elle vibre, grâce à elle je vis enfin au diapason de toutes les petites trépidations de l'existence, grâce à elle je suis sans arrêt sur le fil de ce qui se passe dans le grand Tout numérique où il ne se passe rien, grâce à elle je vis enfin à l'unisson du chavirement intime de tout-un-chacun, et dans l'indifférence généralisée de tous.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Publié le 23 Juin 2026

   Tout est lent. Comme une longue nuit d'ivresse, lancinante et hoqueteuse. On ne réfléchit pas. On se cogne contre les murs. Même une partie de molky sur l'entrepont relève du calvaire. Parler semble irréel. Et regagner sa cabine, après ça, vous ramène inévitablement à percevoir le fumet du curry qui remonte en provenance du réfectoire. C'est un peu comme si vous étiez enfermé dans le labyrinthe de votre propre système digestif, si vous voulez, avec les couloirs qui représentent les parois de votre œsophage, et les portes différents organes de sortie vers quelque canal libérateur. Un dédale dont vous ne ressortiriez qu'après maintes déambulations dans les coursives pour arriver enfin jusqu'à votre cabine, et pouvoir tout dégobiller dans le lavabo.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Journal