Publié le 13 Octobre 2026

    A Chang Mai, dans le nord de la Thaïlande, on compte un certain nombre d'« Elephants camps », où l'on peut voir des éléphants être nourris, dressés, et se faire monter. Evidemment, les matamoralistes de notre époque ont depuis longtemps pointé du doigt ce genre d'exactions. Le dressage des animaux, c'est mal ! Difficile de contester telle affirmation. Ils sont surexploités, maltraités, et ce dès leur plus jeune âge. Ce qui me paraît pécher dans le raisonnement, c'est la question du décervellement. J'ai lu quelque part qu'on leur exterminait le cerveau dès la naissance. A grands coups de décharges électriques, pour leur apprendre à obéir – qu'on leur « brisait l'esprit »... Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec nous. N'est-ce pas ce qu'on nous apprend nous aussi, dès notre plus jeune âge, pauvres humains ? Même si pas de la même façon, évidemment, n'y a-t-il pas lors de nos années d'apprentissage, puis d'études, une sorte de dressage dont le but est de nous amener à mieux nous adapter ?... Quand bien même ça ne serait pas obtenu de la même façon, ni avec les mêmes moyens de coercition, n'y a-t-il pas chez nous aussi une forme de lobotomisation, une manière de nous « briser l'esprit », pour nous conformer à ce que la société voudrait que l'on soit ? Je ne peux m'empêcher de les mettre en parallèle et, bien que ne pouvant évidemment pas les disposer sur le même plan (ni minimiser en aucun cas la souffrance des animaux, ça va de soi), de le comparer avec les mauvais traitements que l'on inflige aux éléphants. Je pense qu'il vaut mieux ne pas juger trop vite la souffrance des autres, car nous ne sommes pas des animaux, après tout, et nous ne sommes pas dans leur tête. Nous devrions plutôt retourner le viseur dans notre direction, plutôt que de juger de la souffrance d'espèces qui nous sont par définition inconnaissables. (C'est d'ailleurs valable pour la façon dont on se réapproprie parfois l'histoire, que ce soient les souffrances du passé, ou celles de minorités dont on n'a jamais fait partie). Ceux qui ne voient pas aujourd'hui ce que leur société du contrôle peut leur inspirer de bassesses, de vilénies, et de contorsions dans la façon de s'abaisser pour un rien, se voilent à mon avis bien la face. (« A trop regarder la paille qui est dans l'oeil de son voisin, on ne voit plus la poutre qui est dans le sien»). Car si nous ne chevauchons pas ces beaux et nobles animaux que sont les éléphants, d'autres viendront le faire... Et, par la suite, et c'est probablement le plus important, il faut pouvoir comparer la souffrance de ces éléphants avec celles d'autres animaux, nos chevaux par exemple, ou d'autres animaux que nous exploitons domestiquement. N'est-ce pas là aussi ignoble, horrifique ? Comparé aux mors, aux éperons que nous mettons sur les chevaux en vue de les faire parader pour porter les futures petites princesses de notre époque, quel est le niveau d'indignation ? Il faudrait que ceux qui jugent l'horreur à l'aune de leur propre civilisation fassent l'effort de retourner le viseur dans leur direction. Qu'ils se rendent compte que l'horreur, ce n'est peut-être pas les tortionnaires d'un monde qui en a besoin pour subsister qui la créent, mais eux-mêmes, par leur tournure d'esprit, leur façon de regarder un peu trop par un biais de confirmation (retrouvant peut-être d'ailleurs par là même le rôle de censeur colonial qu'ils n'auraient jamais voulu quitter). Et que le décervellement qu'ils pointent du doigt dans le dressage de ces animaux, n'est peut-être pas finalement moins délétère que celui que nous infligeons chaque jour à nos populations, pour les conformer aux exigences d'adaptabilité de leur technostructure. Et ce depuis notre plus jeune âge, jusqu'à la trépanation pure et simple de notre cerveau, la disparition de notre indépendance d’esprit au profit de diktats prémâchés et d'une uniformisation de tous les instants sous les coups de boutoir – comparables, probablement, à des électrochocs – de l'apprentissage des normes et des contraintes sans précédent qui régissent notre société.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Pensées

Publié le 6 Octobre 2026

Un jour, j'ai été invité à une conférence, c'était il y a pas si longtemps de ça
L'orateur parlait de choses parfois un peu compliquées
Il y avait un gros monsieur au premier rang
Qui s'ennuyait
L'orateur, probablement pour ne pas lui paraître pénible, s'est mis à parler un peu plus vite
Histoire d'abréger ses souffrances
Mais plus il accélérait, et moins les gens comprenaient
Et moins les gens comprenaient, plus tout le monde se retrouvait dans la même situation que le gros monsieur
A savoir à s'ennuyer
Si bien qu'au bout d'un moment,
Le tout premier
Le gros monsieur
A fini par prendre ses jambes à son cou
Et puis un autre ensuite
Parce qu'il avait je ne sais quel rendez-vous
Et puis un autre ensuite
Parce qu'il avait vu passer quelqu'un par la fenêtre qu'il connaissait
Et puis un autre encore
Et bientôt l'orateur s'est retrouvé sans plus personne devant lui
Qu'un pauvre chien qui tirait la langue, et deux ou trois piliers de comptoir
(Car la conférence avait lieu dans un bar)
Alors il a refermé son exposé sur la tablette, il a bu longuement la pinte que lui avait offerte le tenancier et il est reparti en zigzaguant
… Au secours, de l'intelligence, fuyons !

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié le 22 Septembre 2026

La scène a lieu dans la médiathèque de Grenoble. Un robot vient d'être installé pour acheminer les documents. Suite à une erreur de calcul, l'ingénieur qui l'a créé décide d'avoir une petite conversation avec lui.

                    Paramètres
                      Pn : Position du dossier dans les étages
                      Po : Position du dossier à l'origine
                      m : Marge d’erreur
                     
                      Initialisation
                      P1 = 1
                      m = 0
                     
          John Mole (l'ingénieur) : "Je suis très déçu, X34. Comment as-tu pu confondre ces deux dossiers alors que P1
≠ P2 et que m=0 ?";
          X34 : "Ce n’est pas de ma faute, John. Je n'étais pas au courant que les dossiers changeaient tout le temps de place, et qu'à chaque fois que l'un d'entre eux était emprunté, il fallait recalculer toutes les positions" ;
          L’informaticien : "Je ne vois pas le problème, X34 ";  {Introduction d’une nouvelle variable : T = Taux de rotation des dossiers };
                      Si T=0
                      alors les dossiers restent à leur place
                          P1=P1    P2=P2
                          et m=0;
               Mais si T
≠ 0
                      alors les dossiers changent de place et tu sais très bien que  Pn+1= Pn +T;
         X34 : "Certes..."
         John : "Alors?..."; S= S+1/{introduction d'une nouvelle variable : S = seuil de tolérance de l'informaticien} ; "J’attends tes explications ?..."
         X34 : " Je me suis trompé, voilà tout…"
        John : "Comment ça, tu t'es trompé ? " ; S= S+2 ; " Un robot n'est pas fait pour se tromper. C'est même pour ça qu'on vous invente. Pour que vous ne faisiez pas les erreurs que nous, inévitablement, commettons. "

         X34 : " Eh bien c'est toi qui t'es trompé, dans ce cas ! Tu t'es trompé en surestimant mes compétences, ou tu as fait une erreur en ne te reposant uniquement que sur moi pour ce calcul..."

        John : " Ne me manque pas de respect, X34 " ; S=S+1 ; " Je suis ton créateur. Lorsque j'ajoute une variable à ton algorithme, tu es censé être le premier informé, non ?..."
         X34 : " Mais tu as peut-être oublié de me réinitialiser à ce moment-là..." ;
        John : " C'est cela, oui..." ; S=S+1 ; " Prends-moi pour un débutant. Bon, je te donne une dernière chance, X34. Où se trouve le dossier en ce moment ?"
         X34 : " Pn ";
        John : "Je ne te demande pas de me répondre par une variable. Réponds-moi exactement.";
         X34 : "Qu’y a-il de plus précis qu’une variable, John ?... C'est elle qui te permet justement de savoir où se trouve le dossier en ce moment, à l'instant t où je te parle, sans la marge d'erreur qui consisterait à négliger le laps de temps entre le moment où je m'exprime et celui où tu m'entends... 
        John : « Arrête de me baratiner, X34 ! Je sais parfaitement ce qu'est une variable puisque c'est moi qui accessoirement t'ai mis celle-ci dans la cervelle ! Réponds-moi en valeur numérale à l’instant t où je te parle, et sache qu’à l’instant t+1 ; S= S+1+
Σ de toutes les emmerdes qui sont arrivées à John dans la journée ; je ne répondrai de rien !" ;
         X34 : "48";
        John : " Quoi, 48 ?";
         X34 : " C’est la valeur de Pn à l’instant t où je te parle. Mais dépêche-toi, John, car à l’instant t+1, il aura peut-être changé de place… Et tu auras alors une chance C=1/T de le retrouver…"
                  Sinon adieu John ;

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Rédigé par leboldu

Publié le 15 Septembre 2026

     Ce texte a été retrouvé sous la forme de papier banderole dans le local de reprographie d'une grande entreprise en informatique. 

     Si je t’écris ces mots, ma douce ma promise, sur ce papier banderole recouvert de données, c’est pour te donner l’heure et la date précise, où tu devrais paraître selon tous mes calculs, j’en ai fait des milliers, des centaines sur les murs, c’était pour vérifier, c’était pour être sûr, que tu serais bien là où je l’avais prévu, ma belle ma concise, toi que je n’ai de cesse que de recalculer, depuis que je t’ai vue un jour dans la salle de reprographie, si belle et désirable devant ces rames de papier, que j’ai failli en tomber à la renverse, tu te souviens, tu portais un tailleur gris et un foulard violet, et alors moi je crois que j’ai renversé tout le contenu d'une rame sur la moquette, et alors tu m’as dit : « Laissez, le service de nettoyage s'en chargera… » et moi j'ai cru que c'était moi dont tu parlais, j'ai cru que tu disais que c'était moi dont le service de nettoyage se chargerait, et j'ai perdu ma contenance, je me suis vu m'effeuiller comme ces dizaines de feuilles de papier qui retombaient dans tous les sens sur le parquet, et je crois que j'ai pris la fuite, oui, et c’est pourquoi depuis je te recherche partout, ma variable ma concise, c'est la raison pour laquelle depuis je traque sans arrêt toutes tes occurrences, c'est pour te retrouver, c'est pour sonder toutes les variables qui pourraient occasionner de nouveau notre rencontre, savoir dans quel service tu travailles, à quelle heure tu prends ton poste, quand tu vas prendre tes pauses, mais j’ai eu beau chercher, je ne t’ai pas trouvée, et il a bien fallu que je reprenne mon travail moi aussi, mais depuis sans arrêt je compile, depuis sans arrêt ce n’est plus comme avant, depuis je crée des programmes qui sont remplis de toi, mes procédures te traquent, les variables que j’invente te sont toutes dédiées, à tes jours de présence, mes constantes te mesurent, les boucles que j'élabore reviennent toutes à toi, mes algorithmes s’incrémentent au moindre de tes mouvements – et si besoin te complimentent–, ils enregistrent chacun de tes plats, recalculent l’équilibre diététique de tes repas, tout est réglé sur toi, ô ma belle inconnue, tout est indexé sur le moindre de tes mouvements, sur tes jours de carence, sur le plus petit changement dans ton emploi du temps, mes machines moulinent pour savoir où tu es, calculent d’hypothétiques trajets, supputent des points de rencontre, les chances que tu as de sortir à ce moment-là de ton bureau, de t’arrêter en route à la cafétéria, tout est passé au crible par mes ordinateurs, et puis ensuite recompilé sur des disques durs en titane pour que je les aie toujours sous la main, et puis c'est imprimé sur du papier banderole, tu sais de ce papier banderole tel que celui qu'il y avait le jour où nous sommes vus dans la salle de reprographie, et alors le papier s'en va où il veut, il se déroule dans toutes les directions, il arpente les couloirs, investit les ascenseurs, pousse les portes coupe-feu, et puis il se déroule en cascade dans les escaliers pour arriver jusqu'à l'étage où je suppose que tu travailles, bravant les issues de secours et les colonnes à incendie, et il remonte ensuite jusqu'à ton bureau, ma variable ma concise, il va jusqu'à ta chaise, et il se dresse devant toi comme un serpent que l'on aurait charmé, il danse et s'entortille en un tourbillon de papier informatique qui se serait mis à faire la danse du ventre, en longs serpentins de papier que j'ai dressés pour te séduire, mais que tu ne vois pas, hélas, auxquels tu ne prêtes aucune attention car tu ne sais pas qui te les envoie, et ces papiers banderole terminent sur le sol comme toutes les choses adressées par tous les amoureux transis sur terre sous la forme de piles de papier mal dégrossi qui sont destinées à échouer dans la corbeille de vos bureaux.

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Rédigé par leboldu

Publié le 8 Septembre 2026

     Allo ?... Oui, bonjour, je souhaiterais parler à la personne qui vient de m'appeller il y a un instant sur mon portable… D'accord, je ne quitte pas…  Comment, si je peux rappeler ultérieurement ?... Ben non, justement, je viens juste de vous rappeler parce que vous m'avez appelé il y a un instant sur mon portable mais si vous me dites que ce n'est pas vous… Oui, bon d’accord, je reste en ligne… Décidément c’est bizarre ça, de rappeler quelqu’un qui vous dit que ce n'est pas lui qui… allo ? oui, moi je vous entends bien mais vous apparemment vous ne me comprenez pas... je vous dis que je vous ai rappelé pour vous demander si c'était bien vous qui m'aviez appelé il y a quelques instants sur mon téléphone mais si vous me dites que non alors ce n'est pas la peine d'insister… ah si, maintenant vous vous souvenez ?... Mais de moi lorsque je vous ai appelé la deuxième fois, pas de moi quand vous m'avez appelé la première fois... Eh bien ça c'est bizarre. Il faut croire que les démons de la télécommunication se sont immiscés entre nous... Moi je me rappelle bien des deux fois... Oui, d'une certaine manière, je me souviens des deux vous... Enfin, je me comprends, quand je dis les deux vous je ne veux pas dire que vous êtes deux personnes différentes mais que je me souviens des deux personnes aux deux moments distincts où vous m'avez appelé. Oui, c'est très quantique, comme problème... Non, vous êtes certain que ce n'est pas vous ?... Quelqu'un avec le même numéro de téléphone que vous, alors ?... N'auriez-vous pas il y a peu changé de forfait et, le temps que votre opérateur effectue la portabilité, votre numéro serait resté le même... ? Non ?... Vous êtes sûr ? Enfin bon, ce qui compte c'est que nous nous soyons parlés, hein ?... Ce n'est pas si courant, d'ailleurs... On ne se connaissait pas il y a quelques minutes, et voilà que maintenant nous avons échangé quelques considérations sur le beau temps et la physique quantique ! Vous m’en voyez ravi, d'ailleurs… Mais oui c'est cela, très exactement, cher monsieur, je suis bien d'accord avec vous, ce n'est pas tous les jours que ça arrive, hein, des fois on en vient même à souhaiter que quelqu'un vous appelle, n'importe qui, histoire de pallier le manque de contact humain, alors on fait comme ça, oui, et moi de même, au plaisir de pouvoir se reparler comme ça accidentellement au téléphone !

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Rédigé par leboldu

Publié le 25 Août 2026

Dans un article paru il y a deux-trois ans, un journaliste faisait état de la recrudescence des punaises de lit dans notre pays et il pointait du doigt "une surverticalisation de la stratégie du fléau". Ce qui signifait, selon lui, que ce sont des individus désormais qui mettent en évidence les problèmes, en s'aidant si besoin des réseaux sociaux, au contraire de la tradition qui en attribuait classiquement la responsabilité à l'élite, ou à la presse. Le journaliste s'inquiétait... Quels seront les sujets qui leur resteront sous la main si tous les nanofléaux qui guettent la terre sont passés en revue par des individus disséminés, traîtreusement, derrière leur écran ?

Après Kafka, qui évoquait sa mutation en cafard (dans La métamorphose), et Cartarescu qui s'imaginait devenu un acarien (Solénoïde), quelle sera notre prochaine transformation en direction de l'infiniment petit ?

La punaise de lit semble l'avenir de l'homme.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Journal