n.m. (botanique) : petit arbuste sud-américain, connu pour ses vertus prophylactiques et médicinales ; n.f. (folklore) : "La bolée noire", en breton ; Bol-du (avoir du) : verlan de du-bol, dans le jargon du 9-3
« Dans la langue française, le participe présent appartient à un mode dit impersonnel. Il donne au verbe une valeur d'adjectif : "le médecin soignant son patient", "l'élève apprenant sa lecon". Or, au cours de la grande mutation des années quatre-vingt, le management a fait officiellement son entrée dans l'organisation du travail. Il a alors transformé le participe présent en substantif, en nom ("un enseignant", "un non-voyant") ; puis on l'a associé au pluriel, pour créer des groupes, des catégories sociales ou professionnelles, comme "les apprenants", "les soignants", regroupant les écoliers, les collégiens, les lycéens ou les infirmières, les anesthésistes, les chirurgiens, et ainsi de suite. On arrivera bientôt aux "opérants" et aux "encadrants", pour remplacer les différents types d'ouvriers et de techniciens. Autrement dit, l'impersonnel est devenu personnel. Qu'est-ce que cela implique ? […] La langue du management, sous couvert de simplifications, a entraîné la suppression des singularités, des métiers, du savoir-faire. S'il n'y a plus d'instituteurs, de professeurs, d'universitaires, d'écoliers, de cancres, de collégiens, d'ambulanciers, d'infirmières, de chirurgiens, c'est qu'il y a des enseignants, des apprenants et des soignants. Je me rappelle sa formule, qu'il répéta plusieurs fois : " L'impersonnel devenu personnel rend impersonnelle chaque personnalité." »
Le courant de la machine passe à travers moi, je ne peux plus exister sans elle, je suis relié à elle, comme une batterie qui me rechargerait, elle me donne l'énergie dont j'ai besoin pour vivre, sans elle je ne suis rien, je ne serais plus réduit qu'à mon petit monde physique, qu'à ma petite localité mentale, grâce à elle je me surpasse, grâce à elle je peux enfin me répandre dans le monde séminal des flux, je peux enfin exister en dehors de moi, je ne suis plus seul mais plusieurs, je suis à la fois moi et les autres, je suis à la fois moi fragile et consentant, ubiquitaire et tout-puissant, frêle petite diode scintillant sur le long chemin de l'information, conscience égarée enfin sortie du nid par le biais de cette grande conscience collective qui nous dépasse tous, et je rends grâce au flux pour cela ! car c'est lui qui m'allume, c'est la machine qui m'illumine, c'est la machine qui me donne mon rythme et mon emploi du temps, c'est elle qui me dicte mes rendez-vous, qui me fait vibrer quand elle vibre, grâce à elle je vis enfin au diapason de toutes les petites trépidations de l'existence, grâce à elle je suis sans arrêt sur le fil de ce qui se passe dans le grand Tout numérique où il ne se passe rien, grâce à elle je vis enfin à l'unisson du chavirement intime de tout-un-chacun, et dans l'indifférence généralisée de tous.
Tout est lent. Comme une longue nuit d'ivresse, lancinante et hoqueteuse. On ne réfléchit pas. On se cogne contre les murs. Même une partie de molky sur l'entrepont relève du calvaire. Parler semble irréel. Et regagner sa cabine, après ça, vous ramène inévitablement à percevoir le fumet du curry qui remonte en provenance du réfectoire. C'est un peu comme si vous étiez enfermé dans le labyrinthe de votre propre système digestif, si vous voulez, avec les couloirs qui représentent les parois de votre œsophage, et les portes différents organes de sortie vers quelque canal libérateur. Un dédale dont vous ne ressortiriez qu'après maintes déambulations dans les coursives pour arriver enfin jusqu'à votre cabine, et pouvoir tout dégobiller dans le lavabo.
Ce que j'appelle les « trois mamelles du wokisme », ce sont ces trois fontaines auxquelles s'abreuvent depuis pas mal d'années les partisans de la déconstruction. Une démarche qui leur permet de continuer à exercer une position dominante, en dépit du fait que le wokisme est censé justement démonter des rapports de domination sous-jacents. Je veux ici parler de l'écologie, du décolonialisme et du féminisme (dans leurs versions les plus radicales et décomplexées, c'est-à-dire quand elles entendent punir des générations entières au nom de ce qui a été fait par le passé par leurs prédécesseurs). Ces trois fontaines sont depuis longtemps alimentées, par le biais de la domination culturelle que la bien-pensance progressiste à l'américaine exerce à notre endroit, et entendent nous expliquer que, derrière les excès de nos environnements, se cachent les abus de l'homme blanc. (i.e. derrière la domination des femmes, se cachent les excès du patriarcat blanc ; derrière l'exploitation des peuples, se cachent les excès du colon blanc ; derrière le réchauffement de la planète, se cachent les excès du boomer blanc). Ces postulats sont évidemment biaisés. Nous ne pouvons pas être éternellement pris pour responsables de ce que nos prédécesseurs ont fait. Et, quand bien même ils l'auraient fait, nous ne pouvons pas en être tétanisés pour toujours. Mais il faut probablement un peu remonter dans la manière dont ces idées ont émergé, pour mieux comprendre comment elles ont pris et comment elles ont proliféré. Ce sont les gender studies qui ont importé en Europe le féminisme et le décolonialisme (en provenance des Etats-Unis, vers 1960)*. Pour ce qui est de l'écologie, elle a naturellement crû dans le sillage de constats scientifiques, mais aussi d'affirmations proférées sans l'ombre d'un doute selon lesquelles l'homme serait le seul et unique responsable duréchauffement. Bien que n'ayant pas les mêmes origines, la déconstruction et l'écologie se rejoignent finalement dans une même volonté d'épingler un coupable pour des méfaits que l'on n'a pas vécus, mais dont on entend se faire les hérauts au nom d'une posture victimaire relevant parfois plus de la tartufferie que de la volonté de trouver une solution. Le coupable (encore une fois), c'est l'homme blanc.
Or, et je ne me base là que sur l'idée selon laquelle le pouvoir engendre toujours un abus de pouvoir (« Il n'y a pas le pouvoir, il y a l'abus de pouvoir, rien d'autre » écrivait Montherlant), à qui profite l'érection de ces idéologies dominantes ?... Aux élites, et plus particulièrement aux élites politico-médiatiques (je ne parle ici que des pays occidentaux, car ce sont ceux que je connais, où ces rapports de domination sous-jacents sont brandis avec d'autant plus de zèle par les élites qu'elles n'en ont jamais subi les conséquences). Et qui en pâtit ?... Les peuples, toujours les peuples... Ces fameux peuples de la majorité ordinaire qui ne font partie d'aucune des minorités opprimées dont il est question, puisqu'ils ne sont pas partie prenante dans cette ostracisation (je veux ici parler des classes moyennes, des "petits blancs", des classes laborieuses et dominées, des parias et des victimes de la mondialisation, de cette immense majorité du peuple qui ne s'exprime pas – ou qui en tout cas ne passe pas son temps à piailler sur les réseaux sociaux – mais n'en pense pas moins...) Par effet de domino, ensuite, cela rejaillit généralement sur les peuples des pays les plus défavorisés. Tout comme les mesures claustratrices par temps d'épidémie plombent ensuite le marché du travail et l'espérance de vie dans les pays qui en sont collatéralement dépendants. Il apparaît donc que la mise en place de ces idéologies communautaristes va entraîner sur le long terme de nouveaux rapports de force, peut-être plus intellectuels, mais aussi plus pernicieux. Puisqu'elles nuisent en toute fin aux populations auxquelles elles étaient censées s'adresser, et faire la part belle. (Ce qui est, en passant, le comble du comble : la plupart des bobos qui théorisent aujourd'hui sur le wokisme ne s'en servent que pour continuer à garder le contrôle et édicter les règles, comme au bon vieux temps.) L'écologie, de ce point de vue-là, est évidemment une idéologie d'avenir, mais il ne faut jamais oublier que, derrière la protection de la planète, se cache aussi l'assujettissement des classes populaires pour qui des nécessités plus importantes que la survie écologiste s'imposent sans arrêt, comme manger, trouver un toit, gagner de l'argent.
Avant d'ériger le wokisme comme la nouvelle religion du XXIème siècle, examinons donc à quelles sources il s'abreuve, et quelles en seront les conséquences. Car ces conséquences seront probablement de la nature même de ces fameux rapports de domination sous-jacents que la déconstruction entendait épingler, prétendument afin de nous « désaliéner », et ils entraîneront les mêmes excès sur une partie des populations, qui deviendront à leur tour opprimées, sous prétexte qu'on les aura considérées comme favorisées à un moment par le fait que leurs ancêtres en auront eux bénéficié.
Dans ce sens, mon analyse se rapproche de l'analyse de la « France périphérique » par le géographe Christophe Guilluy, qui met en évidence le rôle des élites dans le déclassement des « petits blancs ».
Bilan : Déconstruction = analyse + destruction.
* Ces idées sont nées dans les campus américains sous l'impulsion d'un certain nombre de penseurs influencés par la déconstruction française, qui entendaient renverser une fois pour toutes les valeurs dans un terrain vierge de toute véritable pensée rédemptrice : les Etats-unis. Elles ont ensuite été colportées dans des milieux totalement différents, où elles n'avaient pas la même portée, car pas le même passé : l'Europe, et ensuite le monde entier. Ce simple changement de référentiel pour exporter des idées qui ne concernaient à l'origine que les Etats-unis comporte déjà un hiatus en ce qu'il entendait s'appliquer à des environnements où les problèmes structurels n'étaient historiquement pas les mêmes. (Le génocide des Indiens d'Amérique, par exemple, n'a pas grand-chose à voir avec la colonisation française. Quant au féminisme tel qu'il est professé à l'américaine, il s'applique à une société décomplexée par trois siècles de conquêtes et une jeunesse démocratique certaine.)
Comment ne pas éclater de rire quand on vous parle encore de Grand-Remplacement dans les sphères politico-médiatiques, désormais si éloignées de la réalité, alors que c'est par la Machine que nous allons bientôt être grand-remplacés ?
Et comment ne pas éclater de rire quand on vous répond qu'il s'agit d'un constat alarmiste et négatif, alors que cela fait plus de vingt ans que des dizaines d'intellectuels ou d'artistes (dont je fais partie) nous parlent et avertissent de ce fléau qui menace nos vies, sous la forme d'une déresponsabilisation de plus en plus grossière de nos implications (cf affaire Lyhanna) et d'une dépossession de plus en plus consentie de nos capacités (cf Claude) ?
Le rire est probablement tout ce qui nous reste, en tant que propre de l'homme.
Un peu comme les menus du petit déjeuner chez Mac Donald's, les Croates ont des noms qui sont assez difficiles à prononcer. Par exemple, le parc national de Krk me semble plus briller par la fraîcheur de ses cascades, que par la clarté d'énonciation de son nom. L'un de mes enfants a essayé de le dire, dans la voiture, mais il n'a abouti qu’à un laborieux « Keurka », qui se crache plus qu’il ne se prononce. L’île de Mljet n’est pas beaucoup plus facile d'accès. Sa beauté ne se mérite qu'au prix de certaines circonvolutions labiales. En Slovénie, nous avons ensuite traversé la ville de Mrg. Là, tout le monde est resté coi, dans la voiture. Que signifiait ce mystérieux acronyme ?... Monseigneur Régnant Gutturalement ? Mariée Repasse Gratis ? Mort aux Gargarismes ?