Publié le 25 Mars 2025

Arrivait-elle parce qu’elle avait décidé de me rejoindre, ou bien parce que son entremetteur d’oncle la déposait devant le mur d'entraînement, avant de s'en aller tenir la jambe à mes parents ?... Ce qui est sûr, c’est qu’elle arrivait aux premières heures du soir, car il faisait moins chaud, probablement soucieuse aussi de ne pas trop s’abîmer. Bête comme j’étais, je l’attendais. En principe, elle n’était pas vêtue pour faire du sport, mais pour faire la bronzette, ou tailler la discute. Le tennis, très peu pour elle, semblait-elle dire... Toute fraîche et embaumée, revenant juste de son entraînement quotidien d'équitation, ou à peine sortie de sa toilette vespérale, elle s’avançait vers moi dans un short bouffant à fleurs. L’espace d’un instant, je me sentais attiré par sa beauté légère et évanescente. Par sa fraîcheur désinvolte. Elle s’y entendait déjà plutôt au jeu de la séduction. En tout cas bien plus qu’à celui de ces absurdes raquettes qu’on lui avait fourrées entre les mains, contre son gré, et qu'elle ne tenait qu'avec une moue un peu forcée. Elle se plaçait juste à côté de moi, pour la forme, en tenant sa raquette comme s'il s'agissait d'un jeu de baguettes chinoises. Puis elle lançait la balle devant elle, un peu mollement, en direction du mur. J'avais l'impression qu'elle tenait une poêle entre les mains, ou une casserole, quelque chose de bien lourd en tout cas, qu'elle aurait dû empoigner pour la manoeuvrer, mais dont elle se foutait royalement. Elle n'était là que parce qu'on lui avait demandé de venir... Je restais en arrière, dépité. Je prenais pour ma part ce sport très au sérieux. L'incompréhension entre nous régnait. Finalement, je me mettais à frapper la balle de mon côté, en cherchant à lui montrer toute l'entendue de ma force, par quelques coups rageurs contre le mur. Il ne s’était pas passé plus de quelques minutes qu’elle finissait par jeter sa raquette en soupirant sur le côté, avant d'aller s'asseoir en bord de cours. J'hésitais... Aller m’asseoir à côté d’elle ? Ne serait-ce pas un peu cavalier ? Je n'avais que dix-douze ans alors. Et, si dans un futur proche, j’entrevoyais bien les mille fadaises dont je pourrais l’abreuver lorsque devenu poète, artiste-designer et chef d’entreprise, je pourrai moi aussi laisser retomber ma raquette avant de m'en aller lui conter fleurette sur le côté, j'étais au regret de n'avoir que cet âge – entre chien et loup. Je recommençai donc à aligner les balles, rageusement, enchaînant les coups de boutoir contre le mur, en jetant un œil de temps à autre sur le cours voisin où un couple de jeunes tennismen blonds et athlétiques s'échangeaient des balles fulgurantes en un parfait chassé-croisé d'allers-retours fluides et élégants.

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Publié dans #Journal

Publié le 18 Mars 2025

Au moment où on arrive
À l'improviste

Origine

Cette expression n'a rien à voir avec les radis, au moment où, cruellement, on les sépare les uns des autres, alors qu'ils se tenaient bien au chaud, serrés qu'ils étaient au sein de leur botte.

(trouvé sur internet)

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Publié le 11 Mars 2025

« Parfois je songe, avec une volupté triste, que si un jour, dans un avenir auquel je n'appartiendrai plus, des louanges viennent prolonger la vie de ces pages, j'aurai enfin quelqu'un qui me " comprenne ", une vraie famille où je puisse naître et être aimé. Mais, bien loin d'y naître, je serai mort depuis longtemps. Je ne serai compris qu'en effigie, quand l'affection ne pourra plus compenser, pour le mort, la désaffection qu'il aura seule connue de son vivant. Un jour peut-être on comprendra que j'ai accompli, comme nul autre, mon devoir — de naissance, dirai-je — d'interprète d'une bonne part de notre siècle ; et quand on le comprendra, on écrira qu'à mon époque j'ai été incompris, que j'ai malheureusement vécu au milieu de l'indifférence et de la froideur générales, et qu'il est bien dommage que cela me soit arrivé. Et celui qui écrira tout cela péchera, à l'époque où il l'écrira, par incompréhension envers mon homologue de cette époque future, tout comme ceux qui m'entourent aujourd'hui. »

    Pessoa

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Publié dans #lectures

Publié le 4 Mars 2025

     « Huit heures sonnaient à peine lorsque Abel Fourchaumes sortit de chez lui. L’air était frais, léger, parcouru par les pépiements de quelques oiseaux. Ici ou là, des flaques d’une eau jaunâtre vous laissaient supposer qu’il avait plu pendant la nuit. Ou qu'un clochard avait eu la bonne idée de s'épancher sur la chaussée. Du coin de l'œil, on pouvait encore voir tout un tas de choses à l'intérieur de ces flaques, comme un bout de ciel bleu, transparaissant au travers de gros nuages qui passaient, ou la longue faux recourbée d’un réverbère Guimard...»

Abel Fourchaumes

COMING SOON !

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Publié le 11 Février 2025

« La meilleure façon de devenir millionnaire, c’est de vendre des formations qui expliquent à des gens comment devenir millionnaire sans qu’ils le deviennent jamais. »

Quentin Leclerc, RLV

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Publié dans #lectures

Publié le 4 Février 2025

Vers où vont tous ces gens ? Vers un prometteur pays de rêve situé de l'autre côté du passage piéton ? Ou vers l'accident ?

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Publié le 28 Janvier 2025

     « J'ai reçu cette reconnaissance comme une marque d'amitié humaine. Elle venait de quelqu'un qui me ressemblait, qui était plus ce que je suis que je ne le suis moi-même, moi qui suis caché derrière la protection des mots, promeneur de banlieues à tristesse, bien nourri, et malheureux, finalement, de rater la vie excessive et grandiose pour laquelle il avait vu le jour. »

Franz Bartelt, Petit éloge de la vie de tous les jours 

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Publié dans #lectures

Publié le 21 Janvier 2025

A l'heure où les libres-penseurs s'enfuient de Facebook et où les libertariens troquent X contre Mastodon, une petite carte de notre désintégration progressive dans les limbes du Paraître.

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Publié le 14 Janvier 2025

Je cours, j’accours, je vole

Sous une pluie d’été

Ruisselant de gouttes jaunes

 

Les gens, autour, rigolent

Les gouttes sur mon nez

Coulent d’or et d’ozone

 

En l’air ou à cloche-pied

Je bondis au hasard

Parmi les entrelacs

 

De parapluies dressés

Comme des étendards

Au beau milieu des flaques

 

Ah bon sang quelle fierté

M’a pris donc de sortir

Sans un bon couvre-chef

 

Car les pluies en été

Sont quelquefois bien pire

Quand l’ondée derechef

 

Dégouline sur vos cils

Et forme une gouttière

Qui empêche de voir

 

Qu’au loin le soleil brille

Entre un paratonnerre

Et de gros nuages noirs

 

Lors, poursuivant ma route

Dans le sens opposé

A l’éclaircie fugace

 

Je m’enfonce coûte que coûte

Dans les rideaux tirés

D’une pluie jaune et grasse

 

Au loin un colibri

Qui a senti le vent

De la proche accalmie

 

Roucoule, piaille et pépie

Par la fenêtre ouverte

D’un hôtel endormi

 

Prisonnier dans sa cage

Il doit bien se moquer

– Je crois même qu’il en rit

 

D’un crétin sous l’orage

Dans les barreaux dorés

D’une cage sans parapluie.

 

(2000)

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Publié dans #Poésie