Publié le 14 Janvier 2025

Je cours, j’accours, je vole

Sous une pluie d’été

Ruisselant de gouttes jaunes

 

Les gens, autour, rigolent

Les gouttes sur mon nez

Coulent d’or et d’ozone

 

En l’air ou à cloche-pied

Je bondis au hasard

Parmi les entrelacs

 

De parapluies dressés

Comme des étendards

Au beau milieu des flaques

 

Ah bon sang quelle fierté

M’a pris donc de sortir

Sans un bon couvre-chef

 

Car les pluies en été

Sont quelquefois bien pire

Quand l’ondée derechef

 

Dégouline sur vos cils

Et forme une gouttière

Qui empêche de voir

 

Qu’au loin le soleil brille

Entre un paratonnerre

Et de gros nuages noirs

 

Lors, poursuivant ma route

Dans le sens opposé

A l’éclaircie fugace

 

Je m’enfonce coûte que coûte

Dans les rideaux tirés

D’une pluie jaune et grasse

 

Au loin un colibri

Qui a senti le vent

De la proche accalmie

 

Roucoule, piaille et pépie

Par la fenêtre ouverte

D’un hôtel endormi

 

Prisonnier dans sa cage

Il doit bien se moquer

– Je crois même qu’il en rit

 

D’un crétin sous l’orage

Dans les barreaux dorés

D’une cage sans parapluie.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Publié le 27 Décembre 2024

Un jour mon père m’offrit un camion de pompier
Pour avoir bravement enduré la souffrance
De trois points de suture qu’on m’avait faits au front
– J’étais fier comme un paon : j’avais pris l’ambulance

Je ne sais pas pourquoi je perdis ce camion
Avant d’avoir eu le temps d’en faire usage
Ou bien avaient-ils fui, lui et tous ses santons,
Sauver d’autres enfants des périls de mon âge ?

Toujours est-il que j’ai un pincement au coeur
Depuis quand je revois un présent qu’on m’a fait
Et auquel je n’ai pris le soin de faire honneur
Par oubli, par paresse, ou s’il me déplaisait

Offrez-moi des cadeaux ! j’en ferai des poèmes
Je les emballerai dans des rubans de mots
Je veux donner un nom à chaque bonté qu’essaiment
L’homme dans sa grandeur, la vie par ses appeaux. 

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Publié le 17 Décembre 2024

« Rien n'a d'importance, et je crois que bien des gens ont considéré la vie comme un enfant turbulent, en soupirant après le calme qu'ils allaient enfin connaître quand il irait se coucher. » Pessoa

 

Je crois que l'un des plus justes pressentiments de la mort que l'on puisse approcher, c'est la solitude au milieu des autres. Quand on se retrouve au milieu d'une soirée, ou dans une foule (avec beaucoup de personnes autour de soi, quoi qu'il en soit), et qu'on ne sait pas ce qu'on fait ici. Qu'on n'est pas à sa place.

Est-ce parce que la présence d'autres personnes nous fait apparaître notre isolement plus cruel encore ? Ou bien parce que notre vie intérieure foisonne si bien, qu'elle ne supporte pas la présence de tierces personnes ? Je n'en sais rien. Mais ce dont je suis certain, c'est que j'ai souvent ressenti cette impression.

Sont-ce là la prison  les bras ailés de l’écrivain ?

De ne jamais parvenir à éprouver suffisamment d'intensité, en compagnie des autres, pour y trouver son compte ?...

Je crois que l'on ne prend jamais autant conscience de la « facticité » de la vie sociale qu'en compagnie des autres. Et que l'on voit à quel point notre existence pourrait nous paraître mieux seul. Mais on se rend compte que l'on serait si malheureux alors, car la présence des autres nous manquerait cruellement, ne serait-ce que pour ne pas trop dépérir, et l'on est bien obligé d'admettre qu'il faut retourner à la vie, s'en nourrir presque, pour pouvoir mieux en revenir ensuite un peu comme un homme qui reprendrait sa respiration après avoir cru pendant toute la durée d'un rêve s'être noyé.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Journal

Publié le 3 Décembre 2024

       Les gens ne lisent plus, soit. Mais ce que cache ce phénomène de plus en plus avéré d'inculture, d'incapacité à faire des efforts pour se concentrer sur quelque chose, c'est aussi un autre phénomène de lecture qui se trame, en arrière-plan : la boulimie d'informations. De plus en plus de gens lisent sur leur portable, des infos, plus ou moins subjectivement traitées, qu'ils forwardent ensuite. Le plus souvent, qu'ils le veuillent ou non, ils manipulent ces informations, en ce qu'ils veulent voir, ou en ce qui correspond à leur vision du monde. Qu'est-ce que cela change, que l'information soit ainsi transformée à partir d'un matériau réel, plutôt qu'à partir d'un matériau de fiction ? Tout. Quand vous fantasmez à partir d'une histoire, d'une fiction, vous savez que c'est faux. Quand vous transformez du réel à partir de faits concrets, que vous le « storytellez », comme on dit, vous ne le conscientisez pas forcément, vous en faites plus ou moins quelque chose qui correspond à ce que vous voulez, ou à ce que vous voulez voir. Vous modifiez donc un tant soit peu le réel aux yeux de ceux qui vont le recevoir, et contribuez ainsi à ce que tout devienne fiction autour, y compris ce qui ne l'était pas initialement. Inconsciemment, les récipiendaires de cette information pensent pouvoir se fier à sa véracité, à son authenticité, tandis que les lecteurs de fiction traditionnelle savent dès le départ que c'est faux, bidonné. Ils ne se font donc pas d'idée fantasmée à partir de ce qui leur est rapporté, ils s'en servent pour éventuellement comprendre le monde, en tirer quelque chose, y trouver des clés ou du plaisir, mais en aucun cas ils ne le transforment au point d'y voir ce qu'ils veulent, ou ce qu'ils voudraient croire. A ce stade, j'appelle ça de la désinformation. Cette distorsion du réel n'est pas nouvelle (les média la pratiquent de longue date), et ne serait pas forcément dommageable si elle ne s'accompagnait en même temps d'une dramatique chute de la lecture et de l'attention, au profit des écrans, c'est-à-dire de notre incapacité de plus en plus évidente de nous figurer les choses autrement que par le biais des images, et donc de les faire siennes, par notre intelligence ou notre capacité d'interprétation. Or, là où il n'y a plus d'âme, il n'y a plus d'homme. C'est ce qui est en train de se produire... Les gens ne lisent plus, mais surtout ne font plus d'efforts pour regarder le monde autrement que de la façon dont il leur est imposé, sous la forme d'images, de stimuli, c'est-à-dire qu'ils ne se remplissent plus de fictions pour comprendre le monde 1, mais s'abreuvent sans arrêt d'une même substance molle et passifiante constituée d'un flot de mèmes qui s'apparente plutôt à un brouet, comme s'il s'agissait de la pitance qu'ingurgitaient quotidiennement les cochons en vue de l'abattage qu'était leur inféodation finale au système-réifiant de l'information.

 

1 pour s'en nourrir, pourrait-on dire

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Publié le 26 Novembre 2024

      Aux Etats-Unis, ils ont inventé un jeu qui défie l’imagination. Cela s’appelle The novelist et ça consiste à incarner l’existence d’un romancier qui vit chez lui, en essayant de terminer son roman. Vous pouvez aller de pièce en pièce, croiser votre famille, remplir le frigidaire. Donner des coups de pied au chien ? rajouterait-il un peu de sel à ce pot-pourri de propositions qui, je le sens, vous mettent déjà l’eau à la bouche… Allons, ne soyez pas revêche, la grande trouvaille du jeu réside dans sa haute progression psychologique. Si vous écrivez trop vite votre roman, ou ne développez pas assez l'intrigue, votre femme menace de s'en aller. A l'inverse, si vous vous occupez trop de votre femme (c'est-à-dire si vous vous montrez trop entreprenant avec elle), le roman n’avance pas et c’est la banqueroute qui guette ! On voit qu’il y a là tous les ingrédients d’un insoutenable suspense. Je joins en lien la démo du jeu. Huit minutes en anglais qui sont probablement tout aussi rébarbatives que doit l'être le jeu dans son entier. On est dans le réalisme pur, l'identification au personnage, et l'immersion de tous les instants. Nul doute que chacun y trouvera les moyens d'incarner comme il en a toujours rêvé le quotidien d'un écrivain américain moyen.

(2013)

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié le 19 Novembre 2024

    « L’hôtesse l’accompagna sur toute la longueur de la classe économique, puis une deuxième hôtesse prit le relais dans la planète Affaires. Il baissa la tête, passa sous un rideau, puis une troisième hôtesse le conduisit en première. Au cours de ce déplacement, voyage à l’intérieur d’un voyage qui le rapprochait peu à peu de l’Amérique, Richard jetait des regards à la ronde pour voir ce que lisaient les passagers. Il constata qu’au fur et à mesure qu’il avançait dans l’avion, le niveau dégringolait de façon alarmante. En classe économique, la littérature de voyage était éclectique, progressiste, humaniste : Daniel Deronda, traités de trigonométrie, ouvrages sur le Liban, la Première Guerre mondiale, Homère, Diderot, Anna Karénine. Dans la planète Affaires, ce n’était pas que les hommes d’affaires, les femmes d’affaires fussent plongés dans des auteurs à jamais mineurs, ou au contraire canonisés à la hâte, dans un Thornton Wilder ou un Dostoïevski, ni qu’ils fussent accaparés par de petites pointures littéraires comme A.L. Rowse ou Lord David Cecil, ou encore par des philosophes qui remuaient ciel et terre pour un rien, par des révisionnistes discrédités, des cosmologues s’entêtant à prôner la théorie des États stables ou des poètes livides menacés du doigt par un trop-plein d’effusions. Non ! Ils lisaient de la littérature de pacotille, des nullités absolues : des polars-fleuves qui se passaient dans le milieu de la finance, des thrillers au kilo, des sagas du suspense – autant de garanties d’évasion loin des pressions auxquelles est confronté le capitaliste moderne. Ensuite, Richard atterrit dans les bas-fonds intellectuels de la première classe : dans l’univers des nababs assoupis, les rares livres qui gisaient à l’abandon sur de molles ventripotences portaient en couverture des scènes de chasse ou l’image de jeunes couples épanouis saisis dans d’ébouriffantes étreintes. Aucun, parmi tous ces passagers allongés dans la torpeur postprandiale du milieu de l’après-midi, ne lisait, sauf un chercheur solitaire qui parcourait, le sourcil froncé avec l’air sceptique des hommes d’expérience, un catalogue de parfums. »

 

         Martin Amis, L'information 

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #lectures