Publié le 12 Novembre 2024

Voici la beauté
C'est une femme
Ou un chat
C'est la petite chapelle, sur son sommet
C'est la bonté, geignarde
La beauté qui n'a pas de nom
Juste une gracieuseté, qui s'impose
Un soupir dans le lourd tremblement de nos vies
Un feu follet
Parmi les efforts
Les ahanements
Et c'est pour cela que si peu de gens la voient
Parce qu'elle va trop vite
Comme l'amour
La fille qui tourne au coin de la rue
Ou les chevaux qui galopent
Et que personne ne parvient à rattraper

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Publié dans #Poésie

Publié le 5 Novembre 2024

      En regardant l'adaptation Netflix du Problème à trois corps (un roman que j'avais adoré), je n'ai vraiment pas été convaincu. J'ai appris peu de temps après qu'une adaptation chinoise avait été faite du premier tome, en 30 épisodes. Je n'en ai regardé pour l'instant que quelques épisodes, mais il semblerait que les Chinois savent mieux lire un livre que les Américains. C'est un sentiment que j'avais déjà eu sur Fondation (de Asimov). Les Américains ne savent plus raconter d'histoires... Et qui ne sait plus raconter d'histoires, ne sait plus « s' »inventer d'histoires. C'est-à-dire initier un récit collectif ou commun qui les galvaniserait. Le glas de l'hégémonie culturelle américaine semble ici consommé – et, avec lui, le déclin progressif de tous les pays qui y sont irrémédiablement soumis (i.e. Nous).

 

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Publié dans #Journal

Publié le 29 Octobre 2024

Jean Vigo s'adressant à François Truffaut : « Vous avez l'essentiel, jeune homme, il vous manque le superflu ! »

« Dans les mouvements que les machines exigent de ceux qui les font marcher, il y a déjà la brusquerie, l'insistance saccadée et la violence qui caractérisent les brutalités fascistes. S'il y a dépérissement de l'expérience acquise, la faute en revient pour une très large part au fait que les choses étant soumises à des impératifs purement utilitaires, leur forme exclut qu'on en fasse autre chose que de s'en servir ; il n'y est plus toléré le moindre superflu, ni dans la liberté des comportements ni dans l'autonomie des choses, or c'est ce superflu qui peut survivre comme un noyau d'expérience car il ne s'épuise pas dans l'instant de l'action. »

Adorno, Minima Moralia : réflexions sur la vie mutilée

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Publié dans #lectures

Publié le 22 Octobre 2024

« On est nuls

Donc on est bons

On est nombreux

Donc on a raison... »

 

sur un air vif et enjoué

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Publié dans #Notes

Publié le 15 Octobre 2024

            Messieurs,

    Je tiens d'abord à vous remercier pour votre collaboration. Je sais que certains ont à cœur de s'investir avec régularité, tout en n’ignorant pas que nul n’a la vérité absolue, et qu'il faut savoir se remettre en cause dans son métier. Tout ceci afin de pouvoir aller encore plus loin dans la réalisation de soi, car le but de la vie n’est-il pas de s’améliorer tout au long de sa durée ?... L’avenir, comme l'a encore dit notre président la semaine passée, va arriver très vite… Notre métier va profiter des nouveaux outils, et je ne vous cache pas qu'avec ces nouveaux outils, vont survenir de nouveaux changements. Je ne serai bientôt plus à vos côtés... Je ne pourrais plus vous assister, comme je le faisais, tout au long de la semaine. Je sais quel désappointement cela risque d'occasionner chez certains. Mes lettres d'encouragement pouvaient, je le sais, constituer de véritables tremplins. Mes courriels avaient, j'en ai conscience, des vertus revigorantes. C’est donc avec le cœur gros que je vais devoir vous abandonner... Je n'ignore pas combien d'entre vous se faisaient une joie de recevoir mes courriels hebdomadaires. Tous, je vous imaginais, derrière vos machines, en train d’attendre avec impatience que l’une de mes missives retombe dans votre boîte mail, en faisant son petit couac de déglutition si caractéristique. Vous l’ouvriez, et découvriez alors de quelle teinte serait le reste de votre semaine. Remise à niveau des promotions de fin de mois ?... Indexation de l’excédent d’exploitation ?... Rebranding des vitrines ?... Ah, mais j’entends déjà le tocsin de la mondialisation qui m'appelle, et me presse de vous annoncer que je ne serai bientôt plus à vos côtés – mais à Tokyo, Berlin, ou Shanghai ?… Nous sommes tous les esclaves de notre condition, n'est-ce pas, et de la société qui s'internationalise. Votre « phare » ne sera bientôt plus à vos côtés… Sachez cependant que des machines continueront à collecter vos données. Que vos bilans hebdomadaires seront passés systématiquement en revue. Et que vos chiffres d'indexation de fin de mois seront analysés par nos algorithmes. Allons, ne soyez pas revêches ! et laissez une dernière fois les rayons de cette belle fin de journée illuminer vos visages, au même titre que la lumière qui se reflète dans le fond de vos écrans. Ce sera peut-être notre dernier reporting, mais ce ne sera pas la dernière occasion de se voir, car là où je vais, il y a encore de multiples façons de se voir virtuellement. Tous enfin réunis dans cette même grande conscience collective, à laquelle l'humanité aspire !... Ce n'est peut-être d'ailleurs plus moi que vous lisez, mais mon avatar. Car à mesure que je me numérise, ce ne sera bientôt plus moi votre interlocuteur privilégié mais mon double  mieux que mon double même, mon moi augmenté de tous mes plusieurs, votre supérieur et en même temps votre subordonné, votre responsable des ventes démultiplié par trois, par mille, que sais-je ? par tous les hologrammes qui existent en ce moment sur terre pour nous donner le change, une sorte de synthèse de vous et de moi, à la fois votre chef et votre serviteur !

                                 Votre dévoué, 
                                                                                                                                                                                         Chef des ventes

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Publié dans #Journal

Publié le 8 Octobre 2024

        Chers amis, permettez-moi de me présenter. Je suis Williamine de Portal, troisième du nom, fille du comte de Portal et de madame de Noirpoids. J’ai travaillé toute ma vie en tant qu’attachée aux fonds photographiques de la ville de Paris. A ce titre, j’ai le privilège de recevoir aujourd'hui la croix d’honneur. C’est une distinction que je pense avoir méritée. La curiosité, en effet, m'a poussée à entreprendre de longues études, intellectuelles et passionnée, que j'ai eu ensuite l'occasion de mettre en pratique en effectuant cinq doctorats. J'ai visité 160 pays, effectué des recherches sur leurs habitats, leurs coutumes – tout ceci afin de confirmer certaines des intuitions que j'avais... Dans certains pays, où je suis retournée 20 fois, j'ai contracté la malaria, la denghe et la chikungunha. Fascinée par la difficulté, j’ai fait seule et sans la moindre aide financière 5 fois le tour du monde, en voiture Lima-Panama, Paris-Saïgon... ainsi que toute une partie de la corne d'abondance de l’Afrique !... Aussi je peux vous l'affirmer aujourd'hui : comparer les civilisations fut une méthode stimulante. Il en est résulté quelque 10.000 photos, réunies dans 32 volumes de voyages, auxquels s’ajoutent les 168 livres que j’ai coécrits ou codirigés. « La beauté, m’a dit un jour un directeur de cabinet haut placé, vous a projetée dans l’espace et dans le temps, Williamine !». C’est vrai... J’ai aimé les déserts, les levers de soleil sur l’Annapurna, ou les bains de foule dans les lieux sacrés chiites. Au cours de ces voyages, où je me suis retrouvé parfois à naviguer parmi les femmes qui habitent les alcôves des trop nombreux harems, j'ai dû me débrouiller pour faire entendre ma voix, négocier avec des nababs, ou encore me battre au couteau, littéralement, contre des bédouins qui menaçaient mon intégrité !... Je pense donc à ce titre avoir mérité la remise de la croix d'honneur. Je vous en remercie, bien humblement (mais aussi je le crois sans trop de fausse modestie). Et j’espère que dans l'avenir les forces qui me restent – avec le concours des autorités municipales – m'accordent encore l'occasion de me dépasser.                

                                                                              Williamine de Portal

(PS : Pour des raisons de confidentialité, j’ai modifié le nom de la personne.)

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Publié dans #Journal

Publié le 1 Octobre 2024

      C'est précisément ce dans quoi nous vivons, depuis un certain nombre d'années. Un flot d'informations, de rumeurs, de croyances et de mèmes agglomérés, qui ne doivent leur valeur qu'à la quantité de gens qui les forwardent. C'est-à-dire au crédit qu'on a fini par leur donner, en les répétant. Ce qui fait la valeur du mème, c'est la confiance que tel ou tel prête à celui qui l'a répété, ou que l'on prête en général à celui qui l'a forwardé en premier. Si tout est faux au départ, alors tout sera probablement faux à la fin, et l'on aura bien eu raison d'appeler ça un virus. Mais si tout est vrai, alors il y a de fortes chances que les premières barrières sanitaires qui vont se dresser en travers du mème risquent de l'empêcher d'aller plus loin (car la vérité n'a souvent plus bonne presse, chez nous, et ne contient pas assez de fictions galvanisantes pour charrier nos esprits moutonniers). De façon générale, c'est un mélange qui se fait, de fakes et de contre-vérités, d'informations transformées et de rumeurs en permanence remises au goût du jour, de sorte que l'on ne peut jamais dire si tout est vrai ou faux. Ce qui compte c'est que la chose se répète, c'est-à-dire qu'elle ait le pouvoir de se relayer mimétiquement, en acquérant une toujours plus grande capacité à se reproduire et à survivre, ce qui fait assurément d'elle un virus médiatique.

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Publié dans #Pensées

Publié le 24 Septembre 2024

     J'arrive dans la maison de villégiature de la famille D. Je m’empresse de prendre la température : tiédeur lourde, arbres et gazon terrassés par la canicule, potager famélique. Prophétie de ce que mon voyage laisse augurer. A partir de maintenant, rien ne sera plus comme avant. Que ce soit par le biais de mon regard, ou celui des paysages que je traverserai, tout changera. Les arbres se dénuderont, les rivières s’assécheront. Les villages auront été désertés. Et je ne pourrais faire autrement que de l’admettre : ça a été. C’est probablement la raison pour laquelle je pars : lassitude de la capitale, et immuable redondance des caractères qui s'y rencontrent. Paris est une ville finie pour moi. Elle s’est définitivement perdue dans l'obsession de la fête et le contentement de soi. Cette obsession des grandes capitales qui ne savent plus comment faire pour exister. J’attends beaucoup de choses de ce voyage. J'en attends probablement trop. Mais c’est une chose à laquelle je suis habitué et que je m'efforcerai de combattre, par le mouvement.

 

(2003)

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Publié dans #Journal

Publié le 17 Septembre 2024

« Tout vaut la peine, si l'âme n'est pas petite. »

« Passe oiseau, et apprends-moi à passer. » (Pessoa)

« La liberté, c'est la possibilité de s'isoler. Tu es libre si tu peux t'éloigner des hommes sans que t'oblige à les rechercher le besoin d'argent, ou l'instinct grégaire, l'amour, la gloire ou la curiosité, toutes choses qui ne peuvent trouver d'aliment dans la solitude ou le silence. S'il t'est impossible de vivre seul, c'est que tu es né esclave. Tu peux bien posséder toutes les grandeurs de l'âme ou de l'esprit : tu es un esclave noble, ou un valet intelligent, mais tu n'es pas libre. »

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #lectures

Publié le 10 Septembre 2024

« J’ignore pour qui j’écris, mais je sais pourquoi j’écris, j’écris pour me justifier. Aux yeux de qui ? Je vous ai déjà dit, je brave le ridicule de vous le redire. Aux yeux de l’enfant que je fus… » 

« On ne comprend rien à la civilisation moderne si l'on n'admet pas d'abord qu'elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. »

« Ce mot de réalisme fait illusion aux naïfs, parce qu'ils le trouvent dur, alors qu'on pourrait bien plutôt le dire mou, car il n'est rien d'autre, en somme, que le synonyme prétentieux de l'humble conformisme. Les réalistes se flattent de se conformer aux événements et aux hommes. Mais qui se conforme aveuglément à ce qui est, n'est rien, car ce qui est, n'est déjà plus. L'honneur de l'homme, c'est de se garder libre vis-à-vis de ce qui est, afin de pouvoir conformer son âme à ce qui doit être, à ce qui sera. »

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Publié dans #lectures