Publié le 14 Octobre 2025
Il entrevoit encore un horizon de 2-3 ans comme fenêtre de tir, après quoi nous deviendrons de parfaits serviteurs de la machine.
n.m. (botanique) : petit arbuste sud-américain, connu pour ses vertus prophylactiques et médicinales ; n.f. (folklore) : "La bolée noire", en breton ; Bol-du (avoir du) : verlan de du-bol, dans le jargon du 9-3
Publié le 14 Octobre 2025
Publié le 7 Octobre 2025
« Là, il s’abandonna à la contemplation inutile, parce que maintes fois répétée, de l’intérieur factice, composé de paravents kitsch, de fresques du folklore, ou encore d’artificielles plantes grimpantes qui départageaient les tables. En grande discrétion, car tout était discret ici – et jusqu’à la façon de vous apporter la douloureuse – un serveur vint prendre la commande. Abel décida de se laisser tenter par un R-22, suivi d’un B-18, auquel il prit soin d’ajouter un petit supplément de S-07. Puis il tourna la tête en direction du patio, dans lequel une petite fille venait d’arriver. Probablement la fille du patron, se dit-il, à en juger par la rectitude de sa tenue : robe marine à bretelles et chaussettes montantes blanches. Elle exécutait une série d’entrechats sur ce qui, pour elle, était probablement rivières et hauts sommets… La tendresse de l’image, assortie à l’onctuosité d’une mousse de crosses de fougères qu’on lui avait apportée, lui rappela son fils qu’il n’avait pas revu depuis des mois… Celui-ci devait alors passer des heures « indues » chez sa mère. Il essaya de chasser ces idées noires, en revenant à la petite fille. Elle sautillait à cloche-pied dans le patio, en une sorte de schéma secret. Cela le fit repenser à un autre souvenir… Vers huit ans, alors qu’il était au Vietnam, il courait derrière une petite fille vietnamienne qui avait l’extravagante faculté de jouer de la flûte avec ses orteils. Plus exactement (car la fillette n’était pas non plus contorsionniste), elle se servait de ses orteils pour combler les béances de l’instrument, en une torsion des jambes et du bassin qui n’avait pas manqué d’intriguer les quelques spectateurs présents. Ce jour-là, ils étaient à Angkor, en voyage de classe au Cambodge, et il la poursuivait, en manière de cache-cache. Hors d’haleine, la petite fille avait tout de même fini par s’arrêter pour reprendre son souffle, entre deux stèles, et le jeune et encore vigoureux Abel en ayant profité pour la rattraper, il l’avait gratifiée d’un véritable concert de flatulences flûtées sur son pipeau personnel qui avait laissé la jeune fille hilare, dans son lit de verdure… Le souvenir de ses rires, si généreux et si puérils, lui revenait à présent avec toute l’intensité de la mémoire, tandis que les portes de la cuisine béaient pour qu’on lui apportât l’entrée, composée d’un ragoût de noix de Saint-Jacques à la compotée d’algues – plus connu en ces lieux sous la dénomination N-12. »
Abel Fourchaumes, p.51-52
Publié le 30 Septembre 2025
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Une bonne capture d'écran vaut parfois mieux que bien des longs discours
Publié le 23 Septembre 2025
« Hélas, une vision autrement plus prosaïque que celle de chevaliers moyenâgeux devait venir le cueillir à son arrivée près de la rivière. Sur la rive opposée, la fille d’Étienne Bouchéry venait manifestement d’arriver, et s’était installée. Elle avait même retiré son haut, dans un geste un peu nonchalant, pour exposer au soleil sa ridicule petite poitrine. La vision cloua sur place Abel, que les rêveries de gestes moyenâgeuses abandonnèrent presque aussitôt pour le mol horizon de cette poitrine laiteuse. N’y avait-il pas d’autres endroits pour venir bronzer ?… Et n’était-il pas d’autres lieux que cet autre versant de ses fantasmes, justement, pour torturer un célibataire comme lui, que la vision de la moindre parcelle de chair portait évidemment au comble de la convoitise ?… Il se sentit offusqué. (Les voies de l’offuscation, de nos jours, étant assez promptes à atteindre.) Et en même temps, aussi, un peu émoustillé… Par acquit de conscience, il décida de débroussailler la rive des fougères qui lui obstruaient la vue. Après tout, c’était elle qui avait décidé de venir ici – et pas lui ! Quelques instants encore, il resta à considérer par l’huis de verdure qu’ouvraient les branches d’un jeune saule pleureur coopératif le torse nu d’adolescente. Ce dernier bougeait, de temps à autre, et les jeux d’ombres et de lumières recouvraient son corps de mille scintillations. Quelquefois, son buste se soulevait, repris par la crispation de ses mâchoires, et il pouvait voir ses lèvres se tordre en un spasme de volupté expressif. Puis, dans une tentative désespérée de se débarrasser de son short, les deux roseaux de ses jambes se mirent à aller et venir, au-dessus d’une haie de fougères, et l’essentiel se déporta alors vers le bas. »
Abel Fourchaumes, p.113-114
Publié le 16 Septembre 2025
« Il ne se passe pas un moment de repos dans les transports en commun, dans une salle d'attente, dans notre lit même, à notre réveil ou avant de nous endormir, où nous n'avons la tentation de chasser le vide en consultant ces appareils. Il se trouve que le vide et l'ennui sont comme des tortures pour notre esprit. Ainsi, une stupéfiante étude, publiée dans la revue Science en 2014, a montré que les individus préféraient s'administrer des chocs électriques plutôt que d'être contraints de supporter un moment de silence (de 6 à 15 minutes) qu'ils auraient pu consacrer à simplement réfléchir. »
Gérald Bronner, Apocalypse cognitive
Publié le 9 Septembre 2025
« Un vendredi de juin, à l’heure où la grève des transports semblait enfin connaître un peu de recul, Abel prit donc l’unique express du soir pour Laroche-Migennes afin de se rendre dans le Chablisien. Comme à son habitude, il se retrouva installé dans le train en face d’une superbe jeune femme blonde, coupée court au carré – et qui, pour comble de l’érotisme dans l’esthétique abéléenne, portait des collants blancs. Le nez rivé sur son journal (un reportage spécial de L’Entreprise sur les perspectives de reprise dans le secteur du textile – section lingerie fine), Abel avait toutes ses pensées acquises à ce qu’il allait pouvoir dire ou faire pour l’aborder lorsqu’il crut percevoir, dans un recoin de l’allée centrale, d’étranges borborygmes surgis d’une sorte de couffin bleu. Dans un preste mouvement des jambes (chassé-croisé de deux bas blancs), la jeune femme se pencha sur le côté et, avec un sourire gêné où la bienveillance le disputait à la volonté de séduire la plus élémentaire, déposa son couffin devant elle. Éconduit, Abel contempla quelques instants le minois tendre et rose du misérable marmot qui compromettait toute chance de faire du rentre-dedans à sa mère, et détourna la tête en direction de la fenêtre. »
Abel Fouchaumes, p.107
Publié le 2 Septembre 2025
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J'ai le plaisir de vous annoncer la sortie de mon quatrième livre, Abel Fourchaumes, chez Zéro Edition. C'est un de mes textes les plus personnels. Il relate les tribulations d'un banquier un peu spécial qui essaie de survivre avec sa bonhomie et sa générosité parfois maladroite dans un monde qui ne veut plus de lui. Dépaysement littéraire garanti !
NG
Publié le 1 Juillet 2025
Oh moi la poésie vous savez m’impressionne
Entendre tous ces mots qui chacun fanfaronne
Dans l’aveu d’une phrase sobre comme un basson
Je survis quand j’écris – quand j’entends que claironnent
Les mots comme des cloches dans le Deutéronome
Quand elles déchirent le ciel d’un ennui bien profond
C’est ainsi va la vie, c’est triste et monotone
C’est comme le hachis dans un vieux sonotone
Avec, ici et là, quelques coups de canons !
Publié le 24 Juin 2025
De mes dernières vacances, je retiens la rencontre d'un personnage pour le moins haut en couleurs qui habitait pas loin de la maison où nous logions. Il s'appelait Ben. D’origine hollandaise, Ben avait dû à une pension d’invalidité de passer sa retraite au Portugal, où il arrosait plus ou moins la plupart des gens qu'il connaissait. Il élevait avec sa femme de vieux chiens malades qu'elle ramassait sur le bas-côté de la route. C’était leur principale activité. Sa femme, une jeune portugaise avec laquelle il avait refait sa vie, était en effet passionnée par les animaux.
Ben avait donc eu une vie avant, riche et occidentale et survoltée, qu'il avait dû abandonner suite à un accident cardio-vasculaire grave. Grâce à une pension d'invalidité, il n’avait bientôt plus rien eu à faire, juste une vie à combler, comme tout le monde, et l'infinité du temps à occuper. Il s'était rapidement trouvé un onéreux passe-temps en se faisant exploiter par tous les désoeuvrés du coin. A commencer par l'ex de sa femme, qui militait dans une association pour la protection des animaux, et avait besoin d'argent pour « monter une affaire ». Personne ne savait trop ce qui unissait Ben à sa femme – mis à part cette relation de dépendance... Mais Max, notre proprio, nous laissa entendre que Ben tirait peut-être plus les ficelles qu’on ne le croyait. Quoi qu'il en soit, le grand échalas partait tous les soirs d'un pas volontaire se soûler à La Bomba de Gasolina voisine.
Nous dûmes attendre plusieurs jours avant d'être introduits chez lui. Sa femme était toujours prise, il y avait les animaux à s'occuper, et elle ne semblait pas spécialement désireuse de nous rencontrer. Finalement, il nous fit venir un soir discrètement. Le ciel était lourd, et les chiens aboyaient sans discontinuer au dehors. Un orage semblait sur le point d'éclater. A un moment, les enfants m’ont laissé pour aller nourrir les chiens, et je me suis retrouvé seul avec Ben. C'est d'ailleurs ce qui m'a permis de rapporter le peu que j'ai écrit ici. En arrière-plan, un éclair déchirait de temps à autre les nuages, en balafrant le ciel.
Par la suite, nous avons été invités à découvrir la partie « immergée » de sa maison. Dans une portion construite en soubassement par rapport à l'édifice, se trouvait une ample salle consacrée aux choses de l’art et de la musique. Aménagée à la manière d'une petite chapelle, avec des meurtrières percées dans les parois blanchie à la chaux, la salle était recouverte d’un épais dallage qui donnait toute sa résonance à l’endroit. Sur les murs, des centaines de disques vous rappelaient que Ben avait à un moment caressé la vocation de disquaire. Il insista pour nous passer un inédit de Pink Floyd « que personne ne connaissait »... L'opus ne tarda pas à ennuyer prodigieusement ma progéniture, qui s'apprêtait à étendre son règne sur les canapés du salon quand je jugeai opportun de mettre les voiles. Je reste néanmoins envoûté par cette rencontre. Ben n'était pas un type comme les autres – ce n'était en tout cas pas le genre d'hommes que je m'attendais à rencontrer au Portugal... Il avait construit sa « petite chapelle » à partir d'une antique porcherie, qu'il avait ensuite retapée entièrement, avant de la remplir de vinyles, de meubles des années 30, de poufs vintage. C'était un endroit hors du temps. Quand nous l'avons salué, il dodelinait de la tête en écoutant son fameux inédit de Pink Floyd « que personne à part lui ne connaissait », et évoquait en ronronnant les fastes d'un voyage en Inde qui n'aurait probablement jamais lieu.
Publié le 17 Juin 2025