Publié le 12 Mai 2026

« Un temps la Critique accompagne l’Œuvre, ensuite la Critique s’évanouit et ce sont les Lecteurs qui l’accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l’Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d’autres Lecteurs peu à peu s’adaptent à l’allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d’ossements l’Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S’approcher d’elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d’autres Lecteurs s’en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement, l’Œuvre voyage irrémédiablement seule dans l’Immensité. Et un jour l’Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s’éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie et la plus secrète mémoire des hommes. »

 

Roberto Bolaño, Les détectives sauvages

in La plus secrète mémoire des hommes, de Mohammed Mbougar Sarr 

 

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #lectures

Publié le 5 Mai 2026

La porte sonne. Deux livreurs d'Electrodépôt entrent avec un lave-vaisselle que j'ai commandé. Auparavant j'ai dû effectuer le démontage de l'ancien car il était stipulé sinon que les livreurs ne le reprendraient pas. A peine arrivé, l'un d'eux me désigne l'orifice réservé à la nouvelle machine en me disant que ça ne rentrera pas (l'appareil étant trop grand). Une fois le couvercle retiré, les faits le contredisent. Branchement de la nouvelle machine... Mon intervention ayant entraîné une petite fuite sur le robinet, les livreurs refusent au début d'y toucher. Une fois que je leur ai expliqué de quoi il retourne, ils finissent par accepter de brancher le tuyau sur l'arrivée d'eau. Mais ensuite vient celui d'évacuation, qui n'est soi-disant pas conforme aux normes. Les deux livreurs se regardent, avec un air contrarié : « Ah désolé, monsieur, on ne va pas pouvoir vous l'installer, votre machine ! » Le montage du tuyau nécessiterait en effet un collier de serrage (2 euros chez Casto). Ils me font signer un reçu, comme quoi ils n'ont pas pu finir l'installation et que je recevrai en compensation un remboursement de 10 euros sur le montant de la livraison. En repartant, heureusement que les deux joyeux drilles n'ont pas vu que la machine débordait d'eau d'évacuation, aspergeant de tous côtés les murs et le couloir de puissantes déjections noirâtres qui mouchetaient la cage d'escalier et leur pantalon. Deux héros du quotidien.

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Publié dans #Journal

Publié le 28 Avril 2026

      « J'ai connu Olivier Nora il y a très longtemps (pour la toute petite histoire, il était mon étudiant). Nos chemins se sont croisés plusieurs fois au fil des années. J'avais apprécié d'emblée le personnage : sa culture, son élégance, sa chaleur, et surtout sa façon d'en imposer sans en faire trop. Il a toujours répondu à mes sollicitations, fût-ce pour m'informer que son comité éditorial opposait à mes manuscrits une fin de non-recevoir catégorique (j'ai appris, à cette occasion, qu'il ne servait à rien de tutoyer Dieu quand on est privé de toute relation mondaine avec ses saints). Je lui dois d'avoir publié deux livres chez Fayard, puisqu'il a présidé également aux destinées de cette maison pendant quelques années. Aujourd'hui, je veux croire (contre toute vraisemblance, peut-être, mais je m'en moque allègrement) que la campagne orchestrée par la valetaille de ses soutiens lui inspire, sinon un sentiment de mépris aristocratique, du moins un malaise difficile à réprimer. Les hyperboles grotesques ("trumpisation de l'édition française"), les comportements infantiles (l'homme aux lunettes rondouillardes et au pantalon orange qui a brûlé à la télé son contrat chez Grasset), les criailleries des larbins du Système au nom de l'indépendance éditoriale, j'espère que tout cela fait ricaner in petto le jeune homme qui dominait sa promo normalienne d'une tête, au propre comme au figuré. On a vu défiler à foison, ces derniers jours, des niais qui semblaient découvrir l'existence des oligopoles, stratégies de concentration et autres pratiques managériales sauvages. Et surtout des plumitifs pas même dotés d'un petit filet de talent qui se drapaient théâtralement dans la rhétorique de la résistance. Une fois de plus, l'invocation de l'extrême droite aura été maniée ad nauseam. Il est tellement simple de dénoncer la perversité de l'ennemi idéologique pour faire oublier qu'on a renoncé, par nihilisme, paresse, incurie crasse ou mondanité décérébrante, à se battre sur le seul terrain qui devrait importer en l'occurrence : celui de la littérature. Peut-on me citer un seul de ces sécessionnistes bavards qui ait publié un livre digne de ce nom au cours des dernières années ? Grasset n'était plus, pour l'essentiel, qu'une coquille rongée par la vacuité. Qu'elle soit aujourd'hui sous la coupe intégrale de Bolloré et de ses sbires ne change rien : il y avait belle lurette que les jeux étaient faits, et que la littérature française, si on peut la créditer encore d'un petit bout d'existence, avait déserté les murs de la maison. »

 

      Pierre Mari

 

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Publié le 14 Avril 2026

A l'occasion du Festival du livre de Paris, je serai en signature pour Trois nouvelles désinvoltes le 19 avril prochain sur le stand des éditions Labyrinthe[s à partir de 16h (NC16). Au plaisir de vous y rencontrer.

Pour se le procurer, le livre est à peu près commandable partout, sur le site de Labyrinthes comme dans la plupart des librairies, virtuelles ou réelles. (Comptez une dizaine de jours car il est imprimé à la demande.)

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Publié le 7 Avril 2026

Une fois n'est pas coutume, un nouveau livre de votre serviteur va paraître prochainement aux éditions Labyrinthe[s. Il s'agit cette fois-ci d'un court recueil de nouvelles à la tonalité irrévérencieuse, intitulé Trois nouvelles désinvoltes :
« Un plaidoyer pour la lecture aux cabinets.
Une fantasmagorie sur la façon dont les chats dirigent le monde.
Un service de livreuses à domicile peu orthodoxe.
Telles sont les thématiques explorées dans ce recueil aux notes humoristiques, dont les trois textes composent une sorte de triptyque construit autour de la vie quotidienne peut-être un peu trop sédentaire d'un auteur du XXIe siècle. Avis aux amateurs de textes décalés. »

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié le 24 Mars 2026

Dans le nouveau numéro de la revue littéraire Squeeze, vous trouverez plusieurs propositions écrites sur la thématique "Grande ville", avec des bouts de votre serviteur dedans. Pour les fossoyeurs du futur, cette nouvelle fera partie d'un corpus de textes encore en cours de gestation dont le nom provisoire est : Contes fluxistes. 

 

Revue Squeeze numéro 35

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Publié le 17 Mars 2026

Un groupe québécois qui prétend venir d'un monde où les surfaces sont toutes ornées de pois noirs ou blancs. L'interview devient vraiment délirante à partir de la 5ème minute (et jusqu'à la 7ème), lorsque les musiciens répondent par des vocalises aux questions qui leur sont posées – bienheureusement sous-titrées par une traduction fine et opportune de leur démarche extra-terrestre. Le duo a prévu de se produire sur la lune en 2030.

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Publié le 10 Mars 2026

            « J’ai déjà dû dire sur ce blog que je considère l’histoire, quand il y en a une, comme faisant partie intégrante de la forme. »   P. Annocque

     L’écrivain Philippe Annocque note, quelque part sur son blog, que le fait de raconter des histoires fait partie intégrante de la forme en littérature. L'histoire n’est selon lui qu’un moyen de planter une ambiance, une esthétique, lesquelles passent d'abord par la forme. Ce qui semble reléguer le fait de raconter une histoire au rang d'accessoire. Je suis assez tenté de penser comme lui. Il n’en reste pas moins que le fait de ne pas savoir raconter une histoire peut s’avérer dommageable. Je dirais même, en poussant un petit peu le bouchon, que ceux qui ont la prétention d'écrire un livre sans savoir raconter d’histoires s’exposent à des déconvenues. Un roman représentatif, à cet égard, me semble La vie et les opinions de Tristram Shandy, de Laurence Sterne (1759). Son auteur, ambitieux, s’interdit tout développement romanesque. Il aborde les personnages par à-coups, en recourant à l’humour digressif. De ce point de vue, Tristram Shandy est une réussite. On rigole, on s’extasie de la capacité de l'auteur à digresser sur tout et n'importe quoi – y compris le sujet qu’il s’est lui-même fixé. Mais on ne s’évade guère… Et, si l’on se place à l’aune des références qu’il s’est données (Gargantua, Dom Quichotte, ou les 1001 nuits...), il me semble que son projet reste un peu en deçà... Par moments, j’ai même eu l’impression que l'auteur ne savait pas raconter d’histoires – je veux dire : ne serait-ce que des sous-histoires, de celles qui prolifèrent chez Cervantès ou dans les 1001 nuits, justement. Ça paraît logique : il s'en fout. Mais qu’on me permette, dans ce cas, de me foutre à mon tour de ce qu'il raconte... Je me suis senti par moments très en dehors du tour de force que constitue son projet. Et, si l'on suit son cahier des charges, j'aimerais bien pour ma part que ceux qui ont l’ambition d'écrire un livre sans raconter histoires essaie d'abord, ne serait-ce que pour se tester, d'en écrire une, là, juste sur le côté. Une nouvelle, ou un texte court, une novella, pourquoi pas. (Tout comme ceux qui prétendent écrire une symphonie commencent bien par faire des gammes, non ?) Ecrire sans savoir raconter d'histoires me semble vraiment mettre la charue avant les boeufs. Je pense même que c'est le minimum syndical, dans le monde de l'écriture, avant de se mettre à un projet plus long (j'écarte ici volontairement la poésie, évidemment, dont le but est de faire du beau avec des mots)*... Et on verra ensuite si on est capable de se confronter au « grand vide du sujet égotiste », à la poésie minimaliste du quotidien. Pour moi, Laurence Sterne se situe un peu en deçà. Tout comme Bloy, avec son écriture roborative, ou Gracq dans la construction de certains romans, on pâtit sous le style. Il y a de nos jours une tendance à décréter que l’histoire n’a pas d’importance en littérature, que seul compte le "style" – une tendance héritée de gens comme Céline qui disait que « des histoires, il y en avait déjà plein les journaux » (oubliant par là même qu'une histoire issue du cerveau d'un écrivain n'a pas grand-chose à voir avec celle dans un journal). Mais c’est une tendance propagée par des gens que cela arrange, ou que le procédé narratif irrite... Ne pas raconter d'histoires est un bien beau dessein – mais encore faut-il en avoir les épaules... Quant à prétendre que la mesure d’un texte se situe dans le fait de ne pas raconter d’histoires, ça me paraît complètement limitatif, et un brin dogmatique. La liberté ne s’acquiert pas par le rejet de ce qu’on nous propose – mais par le choix. Cela prédispose en tout cas celui qui érige ce principe en manifeste à produire une oeuvre imitative ou indigeste.

* Notons ici que la réalité postmoderne nous sert évidemment beaucoup moins d'histoires toutes cuites que les "réalités" précédentes, ce qui ne facilite pas le travail : il faut désormais aller creuser dans l'irréel pour en tirer de bonnes histoires.

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