Publié le 3 Septembre 2024

     « Je n'écris pas pour une petite élite dont je n'ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu'on surnomme la masse. Je ne crois pas à ces deux abstractions, chères au démagogue. J'écris pour moi, pour mes amis, et pour adoucir le cours du temps.»

     « Il n'y a qu'un cas où une oeuvre ne vaut rien : c'est quand elle correspond aux intentions de l'auteur. »

    « L’ensemble de la Littérature forme un seul continuum, une vaste trame sans commencement ni fin, où les individualités que seraient les écrivains n’existent pas ; mieux, où la distinction auteur-lecteur est à la limite dépourvue de fondement, car si tout est un et si tout est dans tout, tout est aussi un texte et ce texte est dans tous les textes, au sein d’une bibliothèque totale qui se relit et se réécrit sans cesse, et qui, si elle n’est pas le monde, le rend au moins nettement accessoire. »

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #lectures

Publié le 23 Juillet 2024

    J’ai écrit dans des gares, j’ai écrit dans des cafés, j’ai écrit dans des trains, j’ai écrit aux cabinets, j’ai écrit sur le dos, j’ai écrit sur le ventre, j’ai écrit allongé, j'ai écrit comme un tribun, j'ai écrit sur le coude, au point d'en déchirer mes pulls, j'ai écrit sur le pouce, comme on mange un sandwich, j’ai écrit contre tout, j’ai écrit contre rien, j’ai écrit mille fois mon nom sur un bout de parchemin, j'ai écrit pour que ça dure, j'ai écrit pour oublier, j'ai écrit pour la tester ma signature sur un morceau de papier crépon, j’ai écrit au désert, j’ai écrit quand il pleut, j’ai écrit quand tout dort et j’ai écrit sur les murs, j’ai écrit dans des hôtels, j'ai écrit contre des cloisons si fines qu'on entendait au travers tout ce que j'écrivais, j’ai écrit sur des carnets, j’ai écrit sur des rouleaux de papier toilette, j'ai écrit à cheval et j'ai écrit en rickshaw, j'ai écrit en voiture, j'ai écrit en trabant, j'ai écrit à quatre pattes et j’ai écrit sur la tranche, j'ai écrit pour frimer, ou bien pour passer le temps, j’ai écrit dans ce sens mais sans qu'il passe vraiment, j’ai écrit pour me leurrer, j'ai écrit en mangeant, j'ai écrit en fumant et en me lavant les dents, j’ai écrit pour exister, j'ai écrit pour ne plus exister, j'ai écrit pour qu'on ne se rende pas compte que j'avais disparu, j'ai écrit dans des bars, j'ai écrit dans des soirées, j'ai écrit sur des grands parvis vides et sur des esplanades désertes, j'ai écrit sur l’amour, j'ai écrit sans amour, j'ai écrit en buvant, en rotant et en chiant, j'ai écrit à poil, à genoux sous les étoiles, à moitié sous la pluie en train de faire du stop, j'ai écrit en hoquetant, en me rebraguettant, je crois que j'ai même écrit en alphabet braille, si je me souviens bien, avec uniquement des signes de ponctuation pour braver l'interdit d'un linguiste qui prétendait qu'on ne peut pas s'exprimer qu'avec des virgules, j'ai écrit tant de fois, et sur tellement de sujets, que je me demande si je n'ai pas fini par me coltiner tous les sujets, à force, ou alors si je n'en ai pas inventé certains, ou alors si je n'ai pas inventé les endroits dans lesquels j'avais écrit, et si au bout du compte, à trop écrire, on n'en finit pas par ne plus vivre ?

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Publié le 16 Juillet 2024

     Le pharmacien Gudule n'est pas le seul à avoir eu la folie des grandeurs dans mon quartier. Il a été suivi de près par les « Jumeaux », une boucherie-charcuterie qui a ouvert la première enseigne bio-halal de toute la francilienne. Somptueuses devantures dorées, or et argent brillant, banquettes en peau de bête. On ne badine pas avec le luxe. Se sentant un rival, le pharmacien Gudule a décidé d'asseoir sa suprématie aux yeux de ses concitoyens. Il a fait fructifier une juteuse opération immobilière dans le coin, pour agrandir les murs de son enseigne. Il a ouvert : l'Europharmacie des Lilas ! Une constellation de plots, de rayonnages lumineux, de têtes de gondole. A vous donner le tournis. Vous êtes invités à montrer patte blanche dès l'entrée. Des petites caisses intermédiaires, sur le côté, ne vous autorisent à aller plus loin que si vous présentez une ordonnance en bonne et due forme. Sinon c'est l'ordinaire des rayonnages, la banalité du paracétamol, l'homéopathie pour les nuls... Le magasin présente une bonne dizaine de rayonnages, répartie tout en longueur. Du blanc, du bois, du brillant. Au-dessus un miroir concave qui ressemble à une boule à facettes donne de la perspective à l'endroit. On fait la queue... Tout le monde, en effet, n'en arrivera pas au grand Gudule. La plupart finiront orientés vers des caisses intermédiaires  ou alors pris en charge par quelque pharmacienne-stagiaire qui vous proposera pommades, pansements, crèmes épilatoires. Il faut de l'entregent pour arriver jusqu'au tenant des lieux. De ce qui était au départ une simple officine de quartier, le pharmacien a fait une sorte de temple de l'apothicaillerie séquano-dionysienne. Ça a de la gueule, du clinquant, mais ça fait quand même un peu son Homais du 9-3 quand on sait que certaines personnes viennent paraît-il de toute la francilienne pour recueillir sa précieuse pharmacopée ou pour s'acheter une brosse à dents.  

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Publié le 9 Juillet 2024

      Je rajoute un appendice à mon cycle de réflexions sur la désincarnation. Ma pensée a évolué à ce sujet. J'essaie de réfléchir au rôle que pourrait avoir la fiction dans notre monde. Puisque nous en sommes assaillis, de toutes parts, à quoi bon en rajouter une ? En écrivant des livres, ou en inventant de nouvelles histoires ? N’est-ce pas comme Robinson au début de Vendredi ou la vie sauvage, lorsqu'il urine sous la pluie, ne rien faire d'autre que « rajouter sa modeste part au déluge » ?... Je crois qu’un essai seul ne peut pas suffire à mener les hommes sur la voie de la réflexion. Pour la plupart, les lecteurs d’essais y sont déjà prédisposés. Ce n'est souvent que les mener sur la voie d'une réflexion qu'ils avaient déjà. Or, la fiction dispose de ce double tranchant, s'il lui arrive d'être « consommée », qui n'en instille pas moins le ver dans le fruit... J’ai le sentiment que ce n’est qu’en retournant l’arme de la fiction contre elle-même, que l’on pourra apporter un semblant de réflexion dans la perception que nous avons des choses. Quand je parle de réflexion, je veux parler de réel décentrement, c'est-à-dire pas seulement de donner à penser, mais de donner à sentir – dans la mesure où ce n’est pas simplement un changement de paradigme qui est en train de se produire, mais de perception, de repères, et par là même de façon de voir les choses. L’une de mes ambitions est de faire sentir à quel point le réel dans lequel nous vivons est désormais enduit de fictions, au point que nous ne nous en rendons même plus compte, et que seule la Fiction est capable de nous en faire prendre conscience. D'en démonter le jeu subtil de codes et de faux-semblant, témoignant ainsi de ce que nous sommes en train de perdre, et de ce qui est à l'oeuvre dans notre dépossession. L’essai, ou le roman philosophique, participent déjà à ce dévoilement. Mais ils ne disposent pas de cette distance, qui est celle du lecteur de fictions, lorsqu'il rentre dans une histoire, et se l'approprie. Alors le lecteur joue un rôle de filtre, et vraiment une part active... Le lecteur d'essais, lui, dispose d'un appareillage critique qui lui permet de se situer en dehors. Mais peut-on vraiment prétendre aujourd'hui se situer en dehors ?... Nous vivons de plus en plus submergés d'histoires, de storytelling, d'idéologies... Dans une sorte de doublure du monde. Que nous le voulions ou non, on ne peut plus être que « dedans »... Il faut donc accepter l'idée que toute une partie de ce que nous faisons est désormais « passée au tamis » de la fiction. Comme travestie par elle. Que les fictions sont devenues l'essence du monde, et le constituent. Subvertir le réel, c’est subvertir un réel qui est désormais devenu fictionnel. Or cela, seule la fiction à mon avis le peut. Parce qu'elle nous oblige à nous investir pour rentrer dedans, à exercer une part active, et donc à nous approprier d'une certaine façon ce retournement. Il y a désormais une substitution de notre expérience collective à celle individuelle et, par voie de conséquence, un remplacement de notre conscience individuelle (si elle existait) par celle globale et médiatique, qui sont en train d'être à l'oeuvre. (La meilleure preuve en est le management dont nous avons été victimes pendant le covid, ou l'actionnariat aveugle dont nous nous faisons les activistes en matière d'écologie punitive). La meilleure façon de réagir, c'est d'instiller le ver dans le fruit de la récupération médiatique, pour permettre à l'individu de se désaliéner. Un peu comme pour un enfant à qui l'on dit que les personnages de son dessin animé préféré n’existent pas, mais qu'il peut quand même continuer à y croire... Il s'agit de restaurer une frontière dans une confusion des genres depuis trop longtemps entretenue, principalement par les média (qui font tout pour nous maintenir dans leur bain), en rappelant que le réel existe bien, mais qu'il est simplement caché sous des couches et des couches de fictions qui se superposent, et qui finissent par lui apporter une chair, une texture, et un relief authentique même, plus réel que le réel, et que ce n'est qu'au prix de ce décentrement de notre point de vue que l'on pourra recommencer à croire en quelque chose, c'est-à-dire à penser quelque chose du monde, et donc à rejouer notre rôle d'humain.

Articles précédents :

I  Sur la désincarnation
II  Sur les monstres modernes
III  La recrudescence de fictions ; la mort de l'art ?

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Rédigé par leboldu

Publié dans #Pensées

Publié le 2 Juillet 2024

« Il y a vivre

Et il y a se regarder vivre.

Rien d'autre ».

Nicolas Albert G

(J'aurais bien ajouté qu'«il y a aussi regarder vivre les autres », mais ça n'apporterait que peu de nuances à la palette déjà bien exhaustive de ce aïe-cou à la sentence définitive.)

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Journal

Publié le 18 Juin 2024

      « Peu à peu, il devint impossible d’échanger avec quiconque une parole raisonnable. Les plus pacifiques, les plus débonnaires étaient enivrés par les vapeurs de sang. Des amis que j’avais toujours connus comme des individualistes déterminés s’étaient transformés du jour au lendemain en patriotes fanatiques. Toutes les conversations se terminaient par de grossières accusations. Il ne restait dès lors qu’une chose à faire : se replier sur soi-même et se taire aussi longtemps que durerait la fièvre. »

      Stefan Zweig, Le monde d'hier, extrait de la série La fièvre

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié le 11 Juin 2024

Lumière est la nuit
Pour celui qui veille
Dans les ombres salines
D'un hôtel de charme
Lumière est la chaleur
Du repos qui l'attend
Sur la vieille banquette
Parmi le vent des fleurs
Lumière est leur parfum
Lumière est leur odeur
Silence est leur éclat
A l'approche du soir
Et l'imminence des voix
Qui marchent dans le noir
Lumière est leur dessin
Parfois même je dirais
Lumiere est leur dessein
Comme ces ombres projetées
Que je vois se profiler
Sur le cours des vitrines
Quand je les longe le soir
A l'heure de la ronde
Et que les feux de ma lampe
Dessinent sur les murs
Des contours, des fractales
Des silhouettes interlopes
De cauchemars renversés
Avec des bouches tordues
Comme les visions prénatales
De foetus avortés
Ou les spectres en négatif
De filaments de brume
Lumière est leur témoin
Lumière est leur destin.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Publié le 4 Juin 2024

 Extrapolation à partir d'un fait réel : http://www.slate.fr/lien/66921/assassins-virtuels-tuer-fils-jeu-video

... Lassé de voir son fils passer son temps devant des jeux vidéo, M. Feng, chinois d'origine, a décidé d’embaucher des tueurs virtuels pour se débarrasser de lui. Mais dans le cadre de son jeu c'est-à-dire, plus exactement, pour se débarrasser de son avatar  auquel il consacrait plus des trois quarts de son temps. Le jeune homme n’a pas tardé à s'apercevoir du subterfuge et, voyant que son père se prenait au jeu, d'une certaine manière, il a décidé de retourner le principe contre son géniteur. Mais en choisissant de le tuer au sens propre cette fois. Il s’est enveloppé d'un drap, pendant la nuit, et l’a poignardé en plein cœur. Son père ne trouverait plus ainsi le moyen de lui porter ombrage... La mère a alors redressé la tête, dans son sommeil, et elle a eu l'idée pour l'apaiser de se transformer à son tour en une tentatrice, mais dans le jeu. Le complexe d’Œdipe prenait forme... Le jeune homme a décidé de se crever les yeux, pour ne pas succomber à l'incestueuse tentation, mais elle lui est tout de même apparue avant une dernière fois dans ses rêves, comme une déesse suspendue, et il s’est mis à crier « Maman ! », et tout est rentré dans l’ordre  moins le père, moins les jeux vidéo, et moins la boulimie inhérente à ce genre de jeux  mais non, nous ne vivons pas dans un monde de fous.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Journal

Publié le 28 Mai 2024

     « Je crois que la littérature a cet effet miraculeux de faire se sentir les gens plus proches les uns des autres. J'en parle justement dans un essai sur lequel je travaille actuellement : un des mystères de la littérature est que la substance personnelle, telle que perçue par le lecteur comme par l'auteur, est étrangère à leurs corps et appartient à la page. Comment puis-je me sentir plus réel dans ce que j'écris que dans ce que je ressens au fond de moi ? Comment puis-je me sentir plus proche d'une personne en lisant ses mots plutôt qu'en étant assis à côté d'elle ? La réponse a sans doute à voir avec la sorte d'agencement qui n'est possible que sur la page. » 

      Jonathan Franzen

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #lectures