J’ai écrit dans des gares, j’ai écrit dans des cafés, j’ai écrit dans des trains, j’ai écrit aux cabinets, j’ai écrit sur le dos, j’ai écrit sur le ventre, j’ai écrit allongé, j'ai écrit comme un tribun, j'ai écrit sur le coude, au point d'en déchirer mes pulls, j'ai écrit sur le pouce, comme on mange un sandwich, j’ai écrit contre tout, j’ai écrit contre rien, j’ai écrit mille fois mon nom sur un bout de parchemin, j'ai écrit pour que ça dure, j'ai écrit pour oublier, j'ai écrit pour la tester ma signature sur un morceau de papier crépon, j’ai écrit au désert, j’ai écrit quand il pleut, j’ai écrit quand tout dort et j’ai écrit sur les murs, j’ai écrit dans des hôtels, j'ai écrit contre des cloisons si fines qu'on entendait au travers tout ce que j'écrivais, j’ai écrit sur des carnets, j’ai écrit sur des rouleaux de papier toilette, j'ai écrit à cheval et j'ai écrit en rickshaw, j'ai écrit en voiture, j'ai écrit en trabant, j'ai écrit à quatre pattes et j’ai écrit sur la tranche, j'ai écrit pour frimer, ou bien pour passer le temps, j’ai écrit dans ce sens mais sans qu'il passe vraiment, j’ai écrit pour me leurrer, j'ai écrit en mangeant, j'ai écrit en fumant et en me lavant les dents, j’ai écrit pour exister, j'ai écrit pour ne plus exister, j'ai écrit pour qu'on ne se rende pas compte que j'avais disparu, j'ai écrit dans des bars, j'ai écrit dans des soirées, j'ai écrit sur des grands parvis vides et sur des esplanades désertes, j'ai écrit sur l’amour, j'ai écrit sans amour, j'ai écrit en buvant, en rotant et en chiant, j'ai écrit à poil, à genoux sous les étoiles, à moitié sous la pluie en train de faire du stop, j'ai écrit en hoquetant, en me rebraguettant, je crois que j'ai même écrit en alphabet braille, si je me souviens bien, avec uniquement des signes de ponctuation pour braver l'interdit d'un linguiste qui prétendait qu'on ne peut pas s'exprimer qu'avec des virgules, j'ai écrit tant de fois, et sur tellement de sujets, que je me demande si je n'ai pas fini par me coltiner tous les sujets, à force, ou alors si je n'en ai pas inventé certains, ou alors si je n'ai pas inventé les endroits dans lesquels j'avais écrit, et si au bout du compte, à trop écrire, on n'en finit pas par ne plus vivre ?