Publié le 19 Mai 2026

Le fruit est là

Devant moi

Il a l’air d’être immobile mais à l’intérieur de ses quartiers c'est gorgé de sucre

Il mûrit

On a l’impression qu’il ne bouge pas

Que rien ne pourrait lui arriver

Que même la branche de l’arbre sur laquelle il a poussé

Ne pourrait pas l'amener à réagir

Il a bien pourtant été cueilli, ce fruit 

Et pourtant, il ne daignerait même pas se soulever

Pour rejoindre le bourgeon qui l’a vu naître ?

La fleur de laquelle il a chu ?

Voilà un fruit bien ingrat !

Qui ne fait que se gonfler de sucre tandis que tout le monde le convoite

Il sera pourtant bientôt à moi

Car je tends en ce moment même le bras en direction de la table sur laquelle il est posé

Et je vais bientôt m'en emparer

Et je pourrais dire qu’il m’a été bien utile ce fruit  

Qu'il m’aura apporté un peu de la vigueur dont j'avais besoin pour vivre

Mais nous n’aurons pas eu beaucoup d’échanges

En dehors de ça

C’était un fruit en soi.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Publié le 12 Mai 2026

« Un temps la Critique accompagne l’Œuvre, ensuite la Critique s’évanouit et ce sont les Lecteurs qui l’accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l’Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d’autres Lecteurs peu à peu s’adaptent à l’allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d’ossements l’Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S’approcher d’elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d’autres Lecteurs s’en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement, l’Œuvre voyage irrémédiablement seule dans l’Immensité. Et un jour l’Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s’éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie et la plus secrète mémoire des hommes. »

 

Roberto Bolaño, Les détectives sauvages

in La plus secrète mémoire des hommes, de Mohammed Mbougar Sarr 

 

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Publié dans #lectures

Publié le 5 Mai 2026

La porte sonne. Deux livreurs d'Electrodépôt entrent avec un lave-vaisselle que j'ai commandé. Auparavant j'ai dû effectuer le démontage de l'ancien car il était stipulé sinon que les livreurs ne le reprendraient pas. A peine arrivé, l'un d'eux me désigne l'orifice réservé à la nouvelle machine en me disant que ça ne rentrera pas (l'appareil étant trop grand). Une fois le couvercle retiré, les faits le contredisent. Branchement de la nouvelle machine... Mon intervention ayant entraîné une petite fuite sur le robinet, les livreurs refusent au début d'y toucher. Une fois que je leur ai expliqué de quoi il retourne, ils finissent par accepter de brancher le tuyau sur l'arrivée d'eau. Mais ensuite vient celui d'évacuation, qui n'est soi-disant pas conforme aux normes. Les deux livreurs se regardent, avec un air contrarié : « Ah désolé, monsieur, on ne va pas pouvoir vous l'installer, votre machine ! » Le montage du tuyau nécessiterait en effet un collier de serrage (2 euros chez Casto). Ils me font signer un reçu, comme quoi ils n'ont pas pu finir l'installation et que je recevrai en compensation un remboursement de 10 euros sur le montant de la livraison. En repartant, heureusement que les deux joyeux drilles n'ont pas vu que la machine débordait d'eau d'évacuation, aspergeant de tous côtés les murs et le couloir de puissantes déjections noirâtres qui mouchetaient la cage d'escalier et leur pantalon. Deux héros du quotidien.

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Publié dans #Journal

Publié le 28 Avril 2026

      « J'ai connu Olivier Nora il y a très longtemps (pour la toute petite histoire, il était mon étudiant). Nos chemins se sont croisés plusieurs fois au fil des années. J'avais apprécié d'emblée le personnage : sa culture, son élégance, sa chaleur, et surtout sa façon d'en imposer sans en faire trop. Il a toujours répondu à mes sollicitations, fût-ce pour m'informer que son comité éditorial opposait à mes manuscrits une fin de non-recevoir catégorique (j'ai appris, à cette occasion, qu'il ne servait à rien de tutoyer Dieu quand on est privé de toute relation mondaine avec ses saints). Je lui dois d'avoir publié deux livres chez Fayard, puisqu'il a présidé également aux destinées de cette maison pendant quelques années. Aujourd'hui, je veux croire (contre toute vraisemblance, peut-être, mais je m'en moque allègrement) que la campagne orchestrée par la valetaille de ses soutiens lui inspire, sinon un sentiment de mépris aristocratique, du moins un malaise difficile à réprimer. Les hyperboles grotesques ("trumpisation de l'édition française"), les comportements infantiles (l'homme aux lunettes rondouillardes et au pantalon orange qui a brûlé à la télé son contrat chez Grasset), les criailleries des larbins du Système au nom de l'indépendance éditoriale, j'espère que tout cela fait ricaner in petto le jeune homme qui dominait sa promo normalienne d'une tête, au propre comme au figuré. On a vu défiler à foison, ces derniers jours, des niais qui semblaient découvrir l'existence des oligopoles, stratégies de concentration et autres pratiques managériales sauvages. Et surtout des plumitifs pas même dotés d'un petit filet de talent qui se drapaient théâtralement dans la rhétorique de la résistance. Une fois de plus, l'invocation de l'extrême droite aura été maniée ad nauseam. Il est tellement simple de dénoncer la perversité de l'ennemi idéologique pour faire oublier qu'on a renoncé, par nihilisme, paresse, incurie crasse ou mondanité décérébrante, à se battre sur le seul terrain qui devrait importer en l'occurrence : celui de la littérature. Peut-on me citer un seul de ces sécessionnistes bavards qui ait publié un livre digne de ce nom au cours des dernières années ? Grasset n'était plus, pour l'essentiel, qu'une coquille rongée par la vacuité. Qu'elle soit aujourd'hui sous la coupe intégrale de Bolloré et de ses sbires ne change rien : il y avait belle lurette que les jeux étaient faits, et que la littérature française, si on peut la créditer encore d'un petit bout d'existence, avait déserté les murs de la maison. »

 

      Pierre Mari

 

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Publié le 14 Avril 2026

A l'occasion du Festival du livre de Paris, je serai en signature pour Trois nouvelles désinvoltes le 19 avril prochain sur le stand des éditions Labyrinthe[s à partir de 16h (NC16). Au plaisir de vous y rencontrer.

Pour se le procurer, le livre est à peu près commandable partout, sur le site de Labyrinthes comme dans la plupart des librairies, virtuelles ou réelles. (Comptez une dizaine de jours car il est imprimé à la demande.)

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Publié le 7 Avril 2026

Une fois n'est pas coutume, un nouveau livre de votre serviteur va paraître prochainement aux éditions Labyrinthe[s. Il s'agit cette fois-ci d'un court recueil de nouvelles à la tonalité irrévérencieuse, intitulé Trois nouvelles désinvoltes :
« Un plaidoyer pour la lecture aux cabinets.
Une fantasmagorie sur la façon dont les chats dirigent le monde.
Un service de livreuses à domicile peu orthodoxe.
Telles sont les thématiques explorées dans ce recueil aux notes humoristiques, dont les trois textes composent une sorte de triptyque construit autour de la vie quotidienne peut-être un peu trop sédentaire d'un auteur du XXIe siècle. Avis aux amateurs de textes décalés. »

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Publié le 24 Mars 2026

Dans le nouveau numéro de la revue littéraire Squeeze, vous trouverez plusieurs propositions écrites sur la thématique "Grande ville", avec des bouts de votre serviteur dedans. Pour les fossoyeurs du futur, cette nouvelle fera partie d'un corpus de textes encore en cours de gestation dont le nom provisoire est : Contes fluxistes. 

 

Revue Squeeze numéro 35

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Publié le 17 Mars 2026

Un groupe québécois qui prétend venir d'un monde où les surfaces sont toutes ornées de pois noirs ou blancs. L'interview devient vraiment délirante à partir de la 5ème minute (et jusqu'à la 7ème), lorsque les musiciens répondent par des vocalises aux questions qui leur sont posées  bienheureusement sous-titrées par une traduction fine et opportune de leur démarche extra-terrestre. Le duo a prévu de se produire sur la lune en 2030.

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