Publié le 3 Juin 2025
« Aujourd’hui, d’après ce que j’en ai observé hier, le Rémois a l’air de revenir d’avoir fait ses courses à l’Intermarché. Il porte des anoraks sans panache et des cheveux gras. Ses pantalons tirebouchonnent avec un pittoresque qui n’est que le pastiche de la couleur locale. Il boit du Coca-Cola, se gave de hamburgers aux oignons, lit les journaux de petites annonces et boude les films d’Éric Rohmer. Parfois il mendie à l’entrée des magasins et fume des cigarettes roulées entre les pouces et les index. Les gros ne boudinent plus en majesté, mais comme des camionneurs. Les grosses femmes ne sont plus peintes par Ingres, mais dessinées par Reiser ou par Willem. Les maigres des deux sexes donnent le sentiment d’être malades. L’abus de piercings semble les avoir vidés de leur sang. Ils se traînent sur les trottoirs et ne cherchent pas toujours à éviter les déjections canines qui abondent, même dans le centre-ville et les quartiers historiques. Des cannettes de bière ordinaire sont abandonnées sur les marches des églises ou jonchent l’herbe pelée autour des bancs dans les squares. L’hôtel de ville prend un aspect de casernement en temps de guerre. Dans les bars, des pianistes somnolents taquinent l’ivoire à poings fermés. Les artistes sont barbus, comme dans les pires moments des siècles passés. »
Franz Bartelt, Le jour où je suis retourné à Reims
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