En ces temps de chaleur estivale…
L’avènement, mais surtout la récupération de l’industrie pornographique par internet est pour moi l’un des signes patents de Désincarnation. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le fait de voir de plus en plus de chattes ou de bites sur internet est loin d’être un signe de matérialisme, ou de matérialisation, de nos vies. C’est plutôt le contraire : on pourrait même y voir un témoignage de saine hygiène sexuelle, au regard de ce que la bien-pensance normative de nos sociétés entend théoriquement nous diriger. Depuis longtemps, les grands analystes de la psychologie de masse se sont évertués à voir dans nos comportements l’injonction de la morale sexuelle - ou l’expression de sa misère, chez Houellebecq. Gide n’annonça-t-il pas que le nombre de spermatozoïdes excédentaires serait peut-être à l’origine de toute une partie de nos orientations homosexuelles, dans Corydon ?... Si l'on part du principe qu’il y a trop de substance séminale mâle sur terre, on ne peut pas nier que l’exploitation de cette surabondance est souhaitable. Il ne saurait en effet y avoir de moyen plus sain de répondre à la demande instante des hommes sur le sujet. Sinon, apprêtez-vous à voir rouvrir les maisons closes, et la prostitution tous azimuts... Ce qui est nouveau, dans ce phénomène, c’est que ça se passe sur un ordinateur. Donc avec, a priori, nulle présence d’un partenaire. Ce qui autorise tous les excès, et toutes les transgressions. Mais avec la contrepartie plus ou moins immédiate du refoulement. Il y a, dans ce sens, un monde entre la sexualité d'hier et celle d'aujourd'hui. D'un côté, nous vivons de moins en moins de choses par nous-mêmes ; de l’autre, nous pouvons nous assurer une meilleure hygiène sexuelle. Nous devrions donc être en mesure de nous consacrer à tout autre chose. Mais un problème demeure : celui du refoulement ; cette sensation de ne pas avoir vécu les choses pleinement, physiquement, charnellement. Notre environnement, par ses sollicitations, nous le rappelle sans cesse. Il y a partout des "tentations", qui pourraient être assimilées à des stimuli. Comment concilier notre instinct avec ces tentations ?... Y a-t-il, au fur et à mesure que les média nous transforment, une mutation de l’être humain vers autre chose ?... Je dois malheureusement laisser une partie de ces questions en suspens, n'étant pas spécialiste. La seule chose que l'on puisse dire, c’est que les psychologues de demain vont avoir du pain sur la planche. Ils auront à batailler de plus en plus contre une asexualité grandissante du sexuel. Comment comprendre le désir, si celui-ci se mesure qu'en fonction de critères qui sont forgés à l'aune de la machine (comme par exemple les sites de rencontres) ?... L’imagerie de l’homme et de la femme peuvent-elles continuer à coexister quand on nous répète le contraire ?... Les Nietzsche et les Reich de l'avenir vont avoir à lutter contre une éradication progressive des limites, dans une société où l'on rogne peu à peu les frontières pour mieux nous refourguer le rêve d'une Egalité sans entraves (en réalité : celui de la consommation sans entraves). Les psys y seront probablement de plus en plus nombreux, comme dans les romans de Philip K. Dick, et de plus en plus influents.
Cet article constitue un appendice du post « Du déhanché des femmes… »
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