Publié le 16 Août 2013

 

Il existe un endroit, au coeur de l’Estérel,

Un morceau de garrigue oublié par les vents

Où la terre paraît pouvoir toucher le ciel

Et le chant des grillons sembler presque apaisant


 

C’est là que mon grand-père, pour toujours, repose

Au milieu d’une allée semée de romarin

Dans l’une des travées encorbeillée de roses

Montant comme les degrés d’un escalier sans fin


 

Jamais je n’ai connu de Séjour si paisible

Si propice au silence et au recueillement 

Tout autour semble mort, muet et inaudible

– et jusqu’au petit parc où je jouais enfant.

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Rédigé par le boldu - blog littéraire

Publié dans #Poésie

Publié le 9 Août 2013

En ces temps de chaleur estivale…

L’avènement, mais surtout la récupération de l’industrie pornographique par internet est pour moi l’un des signes patents de Désincarnation. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le fait de voir de plus en plus de chattes ou de bites sur internet est loin d’être un signe de matérialisme, ou de matérialisation, de nos vies. C’est plutôt le contraire : on pourrait même y voir un témoignage de saine hygiène sexuelle, au regard de ce que la bien-pensance normative de nos sociétés entend théoriquement nous diriger. Depuis longtemps, les grands analystes de la psychologie de masse se sont évertués à voir dans nos comportements l’injonction de la morale sexuelle - ou l’expression de sa misère, chez Houellebecq. Gide n’annonça-t-il pas que le nombre de spermatozoïdes excédentaires serait peut-être à l’origine de toute une partie de nos orientations homosexuelles, dans Corydon ?... Si l'on part du principe qu’il y a trop de substance séminale mâle sur terre, on ne peut pas nier que l’exploitation de cette surabondance est souhaitable. Il ne saurait en effet y avoir de moyen plus sain de répondre à la demande instante des hommes sur le sujet. Sinon, apprêtez-vous à voir rouvrir les maisons closes, et la prostitution tous azimuts... Ce qui est nouveau, dans ce phénomène, c’est que ça se passe sur un ordinateur. Donc avec, a priori, nulle présence d’un partenaire. Ce qui autorise tous les excès, et toutes les transgressions. Mais avec la contrepartie plus ou moins immédiate du refoulement. Il y a, dans ce sens, un monde entre la sexualité d'hier et celle d'aujourd'hui. D'un côté, nous vivons de moins en moins de choses par nous-mêmes ; de l’autre, nous pouvons nous assurer une meilleure hygiène sexuelle. Nous devrions donc être en mesure de nous consacrer à tout autre chose. Mais un problème demeure : celui du refoulement ; cette sensation de ne pas avoir vécu les choses pleinement, physiquement, charnellement. Notre environnement, par ses sollicitations, nous le rappelle sans cesse. Il y a partout des "tentations", qui pourraient être assimilées à des stimuli. Comment concilier notre instinct avec ces tentations ?... Y a-t-il, au fur et à mesure que les média nous transforment, une mutation de l’être humain vers autre chose ?... Je dois malheureusement laisser une partie de ces questions en suspens, n'étant pas spécialiste. La seule chose que l'on puisse dire, c’est que les psychologues de demain vont avoir du pain sur la planche. Ils auront à batailler de plus en plus contre une asexualité grandissante du sexuel. Comment comprendre le désir, si celui-ci se mesure qu'en fonction de critères qui sont forgés à l'aune de la machine (comme par exemple les sites de rencontres) ?... L’imagerie de l’homme et de la femme peuvent-elles continuer à coexister quand on nous répète le contraire ?... Les Nietzsche et les Reich de l'avenir vont avoir à lutter contre une éradication progressive des limites, dans une société où l'on rogne peu à peu les frontières pour mieux nous refourguer le rêve d'une Egalité sans entraves (en réalité : celui de la consommation sans entraves). Les psys y seront probablement de plus en plus nombreux, comme dans les romans de Philip K. Dick, et de plus en plus influents.

Cet article constitue un appendice du post « Du déhanché des femmes… »

Suivant : Sur le déficit de l’expérience individuelle en période désincarnée – et, plus généralement, sur la perte de notion de singularité

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Publié dans #Pensées

Publié le 7 Août 2013

 

    « J'aurais alors réussi à faire entrer notre nostalgie dans un troisième âge. Celui de l'après-ironie, où la tristesse de la perte* s'apaise et laisse la place à l'enchantement d'une seconde nature, où l'on cesse de condamner le simulacre pour au contraire apprendre qu'en lui, les mêmes douleurs, les mêmes rires, les mêmes réalités se tissent. Voilà pourquoi c'est par la littérature, et non par la philosophie, que je m'y emploie. »

Camille de Toledo, Contre une littérature déprimée et/ou nombriliste, bibliobs, oct. 2007

* du corps, de l’époque d’avant, de l'Histoire

 

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Publié dans #lectures

Publié le 29 Juillet 2013

 

Warning, klaxon, gueulantes                                Pastis, chorba, fumets

Scooter en double file                                          S’emmêlant sur les tables

Longues sirènes hurlantes                                   T’es qui toi enculé ?

 

Poison, urine, amiante                                          Couscous, constats, PV

Emanations subtiles                                              Se réglant à l’amiable

D’altercations flagrantes                                        T’es qui pour me doubler ?

 

Voitures, camions, tramways                                 Marseille, Tunis, Alger

Mobylettes indécentes                                           Chantent la même rengaine

Camionnettes remontées                                       – Sortent du même panier :

 

Rétro, pare-brise, déchets                                      Soleil, anis, fierté

Surmontant l’odorante                                            La promesse incertaine

Bouillabaisse de cale-pieds                                    D’un avenir métissé.

(2001)

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Publié dans #Poésie

Publié le 4 Juillet 2013

Punta Arenas

Après une escale à Santiago (ville sans grand intérêt, essentiellement délabrée), nous nous retrouvons à Punta Arenas pour la nuit de la Saint Sylvestre. Le 31 décembre dans un lieu reculé du globe est une expérience que j’ai déjà vécue en Argentine. Aussi m’empressé-je d’entraîner ma compagne sur les plages du détroit de Magellan, en vue d’y déguster une coupe de champagne made in Chile. Nous usons pour ce faire de petits gobelets télescopiques. C'est-à-dire qu'ils peuvent se développer, dans le sens de la hauteur, pour devenir une coupe ou un verre à pied. Mais bizarrement, aussitôt le verre rempli, pour peu que les gouttes dégoulinent, l’aimantation qui soutient les différentes parties perd de ses vertus, et le gobelet dégringole. La descente, comme on dit, en est facilitée.  Bien qu’un peu gris, le froid aidant, nous nous replions en direction de la Pension Dinka’s. Une demi-douzaine d’Italiens y attendent l’heure fatidique, en se gobergeant. Voix stridentes, rires forts et gras, gobelets qui trinquent au-dessus des tables. En arrière-plan, la pensionnaire Dinka bougonne un peu : « Faudrait quand même voir à pas nous faire la nouba toute la nuit ! ». On s'installe. Inutile d’espérer avoir la moindre conversation. Tout est ourdi en vue de l’instant ultime, de l'apothéose des douze coups de minuit. Certains ont beau avoir l'air d'ébaucher des bribes de conversation, tous ont les yeux rivés en direction de la pendule - et, dans l’horloge interne de leurs coeurs réglés à l’unisson, un seul événement compte. Minuit, fatalement, sonne et, tandis qu'un petit homme à l'embonpoint prononcé revient des toilettes où il s’était passablement oublié, tous ont déjà fondu dans les bras l’un de l’autre. "Feliz año nuevo ! Feliz año nuevo !..." Oh, mais c’est tout juste si le pantalon ne lui en tombe pas, à ce petit homme, tant l’idée d’avoir pu manquer ne serait-ce qu’une seconde de l'instant fatidique lui paraît infamante. "Eh attendez-moi ! Moi aussi j'ai plein de choses à raconter !..." Là-dessus, un guitariste met tout le monde d’accord en entamant les notes d’un vieux standard connu de tous. Et la soirée se poursuit, dans l'ivresse et les gauloiseries. Pour parler franchement, je n’ai vraiment rien contre les Italiens. Mais il faut quand même avouer que ce sont parmi les gens les plus bruyants du monde lorsqu'il s'agit de festoyer. Le lendemain matin, à l’heure où les agapes sont terminées, tous sont déjà debout, sur le pied de guerre. Ils investissent la salle de vie. Et, tandis que les premiers accords résonnent dans le salon, j’entends par la voix d'un employé qui doit travailler non loin de là que notre groupe compte s’envoler séance tenante pour l’île de Pâques – où il a bon espoir, avec le décalage horaire, de fêter une seconde fois la Nouvelle année.

 

Punta Arenas

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Publié dans #Journal

Publié le 24 Juin 2013

Je suis ce brimborion que les femmes convoitent
Ce tout petit objet qu’on met dans une boîte
Que l’on range à loisir dans le fond d’un tiroir
D’une coiffeuse antique et à triple miroir

Je vis parmi les bagues, les bijoux de famille
Seul objet un peu terne parmi l’or qui brille
Oxydé par ce temps passé seul dans le noir
La froideur de l’argent, l’absence de regards

Quelquefois on me sort pour me montrer aux dames
Qui se gaussent, et se plaisent, et se mirent, et se pâment
Je suis l’instant d’après – de cette glorieuse époque 
Retourné dans les gourmes et les vieilles breloques

Je voudrais être un roc de rubis éclatant 
Un diadème incarnat, une rivière de diamants !
Qui saigne dans la main et tache les vêtements
De tout ce qui s'obstine à me juger enfant.

 

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Publié le 23 Juin 2013

     

      Le rôti est prêt

      C’est dimanche

      Midi

 

(Contrairement aux apparences, ce haïku m’a demandé des semaines de travail, ne serait-ce que dans l’observation, fine et répétée, des choses de la vie telles qu’elles sont à cette heure précise et en cette occurrence décrite par le haïku. Suggestif s’il en est, tout en non-dits et en nuances, vous le remarquerez, quant au lieu des hostilités et à la température de cuisson.) 

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Publié dans #Journal

Publié le 14 Juin 2013

                                         « Toute chose est dite déjà. Mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer. »  A. Gide                                 


     Je me suis toujours méfié de la phrase consistant à dire que tout a été fait. Manie de paresseux ?... Je crois que le plus souvent, c’est le fait de gens qui ne sont pas créatifs, et qui croient qu’on ne peut l’être qu’en recyclant les toujours mêmes recettes (l’Amour, la Mort, les grands mythes gréco-latins, etc). Ce n’est pas tout à fait exact. On ne crée pas ex nihilo, sans doute, on invente à partir de choses qui nous ont précédés, d'hommes, d'histoires, en transmettant des sentiments auxquels on voudrait s'identifier. Mais ce qui rend l’oeuvre unique (sans quoi, il n'y aurait qu'à écrire Amour, Haine, Mort sur toutes les pages, cela suffirait), c’est le point de vue qu'un artiste pose à un moment donné. On peut bien sûr y ajouter la généalogie des auteurs qui l’ont précédé, la société dans laquelle il a grandi, et la façon dont il l’a perçue. Mais ce ne sont que des modulateurs de fréquence. De même, le fait que la société ou le monde soit représenté dans une oeuvre n'a pas d'importance. C'est là que réside la créativité. Dans le fait que personne ne naît au même moment, et donc que personne n'a la même expérience du monde. Donc que personne n'a la même vision. Donc tout n’a pas été fait, loin de là – je dirais même que tout reste à inventer !

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Publié le 3 Juin 2013

 

    Nina est prostituée dans le Matabiau. Elle porte une petite jupe beige, qui n’est pas de saison, et un body serré avec des tulipes mauves. Pas grand-chose de plus, je crois. Elle travaille rue Héliot, entre un vieux sex-shop et un distributeur. Les gens vont de l’un à l’autre, ou de l’autre à l’un, c’est au choix : tous les chemins passent par Nina. Ça la change du temps où elle faisait les cent pas le long du canal. Alors y’en avait vingt comme elle, toutes plus pute l’une que l’autre, ras-la-fine et jarretières, poitrine sur la balustre, alignées comme les heures successives de la journée. C’est peut-être pour ça qu’on l'appelle le « canal du midi ». Y’avait la pute d’une heure, la traînée de deux heures, la pouffiasse de troize, j’en passe et des meilleures... Sauf que l’quatorze juillet, justement, y'a de ça deux ou trois ans, Nina s'est vue emmenée par une fourgonnette de la police. Gérald et Marcellin, justiciers toulousains, lui expliquèrent que les élus ne supportaient plus de voir les abords du canal infestés de « péripatéticiennes ». Toulouse avait beau être la ville rose, ça faisait quand même un peu tâche. Dorénavant il serait par conséquent souhaitable qu'elle travaillât là. Son doigt s'était posé sur la grande carte murale de leur bureau, à l'emplacement de la rue Helliot. Et c'est ainsi que depuis, Nina fait les trois-huit le long de ladite. C’est elle la pute d’une heure, la traînée de deuze, la pouffiasse de troize, l’entremetteuse de cinq, la lèche-grappe, la mange-zbeuh, la vide-queue… Et comme Nina a quand même voulu conserver sa dignité, elle s’est acheté un petit portable pour faire semblant de téléphoner.

        (Toulouse, 2001)

 

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Publié le 31 Mai 2013

     Cet article reprend la réflexion entamée par le collectif Tiqqun : Premiers matériaux pour une théorie de la jeune-fille. (La jeune-fille étant à entendre au sens large, c’est-à-dire qu’il peut aussi bien s’agir d’une femme que d’un homme).

      Souvent, quand je me promène dans les rues de Paris, je suis surpris par la façon qu’ont les femmes de marcher. Elles ne sont pas naturelles. Elles s’avancent comme si les focus de deux cent trente caméras étaient braqués sur elles. Bien sûr, c’est dû en grande partie à leur nature, qui veut qu’on les convoite. Mais quand même, un simple petit aller et retour dans une grande ville de province vous ferait vous rendre compte des afféteries de la poulette parisienne moyenne. Révolution sexuelle ? me dira-t-on peut-être. Emancipation des comportements « suburbains » dans les grandes mégalopoles ?... Je crois qu’une partie des femmes modernes a dû simplement troquer une domination pour une autre : celle de l’homme, du macho moyen – contre celle de la Marchandise. Après avoir été sous la domination du mâle, pendant des millénaires, les femmes se sont efforcées de prendre leur envol pour une émancipation souhaitable. Mais, comme les peuples, lorsqu’ils ont longtemps été habitués à une domination, retombent presque immanquablement sous la tutelle d’un tyran plus despotique encore, la plupart se sont retrouvées, dans une société propice à cet égard, soumises au diktat de la Marchandise. Dans les rues, j’ai parfois l’impression en regardant certaines femmes de les voir se comporter comme des petits produits sur pattes (attitude plus majoritairement parisienne, je le précise). Pourtant, beaucoup tiennent un discours opposé. Elles se disent émancipées, libres, indépendantes. Je constate malheureusement que c’est le lot d’une grande partie de l’humanité de ne pas mettre en adéquation ses pensées avec ses actes : d’être souvent le cul entre deux chaises... Pendant la semaine, on vend ses objets sur e-bay, on travaille dans une grande entreprise à forte valeur ajoutée, on consomme compulsivement. Et le soir et le week-end, on peste contre la marchandisation, les requins de la finance, les pesticides et les OGM. Quelle est la concordance entre les deux ?... Je crois que l’on peut légitimement parler, lorsqu’il y a un tel écart entre ce que l'on dit et ce que l'on fait, de
Désincarnation. Et je crois aussi que la jeune-fille (qui peut aussi bien être un homme qu’une femme, je le rappelle), quand elle se promène avec tant d'affectation dans les rues de Paris, mérite à juste titre le qualificatif de porte-drapeau de cette Désincarnation. Elle ne nous apparaît plus charnelle, à nous les hommes, que parce que nous manquons de la chair dont elle nous fait saliver. Mais elle est en contradiction avec elle-même. (Notons, à ce sujet, que la pornographie est devenue l’expression d’un besoin de transgresser, au besoin de façon trash et ordurière, les limites de cette impuissance que l'on ressent, pour nous recréer une personnalité à la mesure de ce que la société nous a volé). Le « déhanché des femmes » est donc pour moi l’expression d’un désarroi pathétique : celui de notre dépossession charnelle face au cycle désormais irrépressible de la Désincarnation, celui de notre dépossession de nos moyens de séduction et de prédation - en d’autres termes : l’affirmation d'un Biopouvoir* qui règne de plus en plus sur les humains, et qui nous dissocie progressivement de notre personnalité «réelle» pour nous projeter vers les artéfacts d'une personnalité virtuelle et désincarnée.

* Biopouvoir : voir
glossaire

Suivant (appendice) : Sur le porno
Suivant : Sur le déficit de l’expérience individuelle en période de désincarnation – et, plus généralement, sur la perte de notion de singularité
Précédent : Sur les flux proprement dits

 

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