Publié le 21 Mai 2024

Après des vacances méritées, je tombe sur un article à propos de la démocratisation de la culture. L’auteur se félicite que la démocratisation favorise l’éclosion de plus en plus de livres, et donc de plus de talents. Qu'on y apporte un petit bémol. La démocratisation est aussi le moyen de favoriser l’apparition d'auteurs de second ordre, de fausses vocations, de littérature sans talent. On nous dupe au démarrage, avec l'idée d'une lecture qui nous ressemblerait, à laquelle on pourrait s'identifier. Mais il ne s'agit pas ici de la culture, mais de produits culturels. La littérature n’est pas faite pour qu'on s'identifie. Elle est faite pour évoquer, susciter, mettre en résonance. Relier des sensibilités entre elles. Nous ouvrir à d'autres mondes. A ce dont nous n'avons pas forcément l'habitude. Il y a donc de fortes chances pour que cette démocratisation ne fasse que noyer le poisson. L'immense masse de producteurs de livres va se retrouver confrontée à l'indifférence générale, à la surdité mentale, et au silence radio. A contrario, ceux qui prétendent que cette démocratisation risque de ruiner l’amour du livre physique, en y substituant le livre numérique, se trompent. Le changement des usages est bien sûr toujours souhaitable, à terme, mais peut-être plus pour ceux qui en bénéficient que pour ceux qui la produisent. C’est là tout le hiatus. Tout le monde désormais peut s'improviser écrivain, peintre, ou sculpteur. Mais de moins en moins de gens le sont vraiment.

 

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Publié dans #Journal

Publié le 7 Mai 2024

      Même pied au plancher, j’ai bien du mal à gravir les côtes du Mont Ventoux. Ma voiture cale, renâcle devant la classe et l’élégance de ce haut mont fiévreux. Bordés de conifères, d’alpages odorants, les pâturages se succèdent en un patchwork de prés multicolores. En haut, rien d'autre qu’un bout de caillou, malmené par les vents. Un grand parking déclive règne sur toute sa hauteur. On dirait une photo prise de travers. Avec, comme point culminant, la silhouette effilée de sa tour de surveillance, qui surplombe le reste. Même si elle ne semble pas en mesure d'empêcher la dégringolade... Sur le parking, les voitures ont toutes l'air de dévaler, emportées par la pente. L’atmosphère de ce no man’s land ne me convient pas. Malgré la vue et le panache, je redescends fissa jusqu’au camping de Sault, où les rafraîchissantes futaies de conifères ombreux me rappellent certaines petites caches que je me façonnais, dans mon enfance. J'y suis bien.     

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Publié dans #Journal

Publié le 30 Avril 2024

Les mots
Trop jolis
Sont à bannir
Ma dame
Les mots
Trop polis
Sont à aiguiser
Comme des couteaux
Les mots
Trop nombreux
Sont à jeter
Par la fenêtre
Ma dame
Et les mots
Trop sûrs d'eux
A remplacer
Par des sans doute
Ou des peut-être.

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Publié dans #Poésie

Publié le 9 Avril 2024

En arpentant le port de Brest, j’ai été surpris de voir qu’il n'y avait presque pas de bars. Même sur le court Dajot, je n’en ai vu aucun. La place est faite aux parcs, aux petits squares ombragés, où des groupes de mousses en débardeur passent quelquefois chercher l'âme soeur aux heures torrides du soir. Il faut donc aller du côté de la rue du château pour dénicher un bistrot digne de ce nom. Le « Baobab ». Comme son nom l’indique, c'est un bar typiquement breton. Et son tenancier un marin confirmé depuis qu’il a fait naufrage avec ses deux dernières discothèques à Recouvrance. Pour une raison obscure, Doudou s’est retrouvé de ce côté-ci de la Penfeld, et il a ouvert la seule enseigne que je ne m’attendais pas à trouver : un bar antillais. D’origine sénégalaise, Doudou est un homme à la fleur de l'âge, qui a probablement plus souffert que son physique ne veut bien le dire. Il apostrophe les clients sans distinction : « mon grand », « mon bichon »... Dans un costume coloré, sans un seul cheveu gris, il véhicule avec lui une sorte d'universelle bonté. Chaque soir, les clients affluent pour s’enivrer de ses cocktails. Qu'il transporte par-dessus tête, à même un plateau, comme une porteuse d'eau. « Ça c’est pour toi, mon grand », « Mais je t’en prie, mon mignon »... Il y a un peu chez lui de Tonton David, et pas mal de Querelle de Brest. Certains clients viennent parfois prendre de ses nouvelles : « Où est Doudou ? », « Doudou n’est donc pas là ? » La plupart le connaissent, pour son passé mouvementé. Beaucoup ont entendu l'histoire, ainsi que celle de ses mésaventures à Recouvrance. A certains il a déjà raconté comment un jour, au pied d'un arbre, il a eu l’idée de venir en France. Et comment, une fois le naufrage de ses deux premières affaires essuyé, il a décidé d'appeler son bar « le baobab » (histoire, probablement, de renaître de ses cendres)… La nostalgie des uns rejoint alors celle des autres. Les percussions prennent des airs de tonnerre qui gronde, dans le bar à cocktails. Et les bretons se font taiseux. Ceux qui sont un jour passés par le pont du porte-avion Clemenceau doivent y retrouver des bribes de leur passé aventureux. Les autres voyagent en pensée. Doudou est comme un dandy à Recouvrance. Un grain de sable dans l'alignement de façades qui bordent le cours Dajot. Une mosaïque de chaleur, et d'universelle bonté, sans laquelle le port de Brest ne serait sinon qu'un hymne aux courants d'air et aux envies de suicide après une soirée de biture.

 

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Publié dans #Journal

Publié le 2 Avril 2024

Vu La zone d'intérêt. Un film sur la vie au quotidien d'une famille allemande qui habite accotée aux miradors d'Auschwitz. Le sujet pouvait sembler intéressant mais c'est traité de façon très classique, avec les dénonciations de rigueur, et les images bien léchées en noir et blanc... Tout ça pour finir par découvrir que le propriétaire est en réalité un membre de la Kommandantur. Pas même un petit propriétaire terrien du coin, qui se servirait sur la bête. Bref, le sujet rebattu par excellence, dit de la « banalité du mal », mais même pas vu par la lorgnette plus prosaïque du péon qui n'aurait pas pu faire autrement. Bientôt vingt ans que ça me frappe : que l'on puisse en 2024 considérer le nazisme comme le sommet du Mal est devenu un cache-misère, dont seuls les critiques cinéma et les universitaires un peu hors-sol peuvent se rengorger. Qu'ils aillent plutôt se colleter avec le mal qui est contenu au fond de nous, dans la répétition et le panurgisme dont nous faisons preuve, en ne nous rendant pas compte de ce que nous accomplissons au quotidien, ou en répétant sans cesse les mêmes petits gestes qui finissent par engendrer des monstres... Ils verront que c'est le même, celui qu'ils cherchent à alpaguer chez les autres, au besoin dans une autre époque, en pointant d'une craie tremblotante le « grand tableau noir de l'Histoire », mais qu'ils ne veulent peut-être pas voir au fond d'eux, dans les soubassements de leur mimétisme scolaire, ou de leur conformisme moutonnier. Il est peut-être bien plus urgent de regarder la mollesse d'aujourd'hui, que la lâcheté d'hier.

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Publié le 26 Mars 2024

      L'art, c'est la petite musique douce qui reste après les ricanements mondains

 

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Publié le 12 Mars 2024

Le soleil rasant
Par la fenêtre du train
M'évoque la fin de vie
Qui vient
Comme dans un écran
De verre fumé
Mais avec la campagne qui s'étire
Dans le lointain
Le message préenregistré
Du chauffeur
Au fond
Histoire de vous rappeler
Qu'il y a bien quelqu'un
Quelque chose d'humain
Qui murmure
Avant que le crépuscule
Du soleil rasant
N'emporte tout
Le paysage et la campagne
La terre et les étoiles
Et que tout se retrouve comme cul par-dessus tête
Dans la fenêtre
Par la vitesse penchée
Du train

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Publié dans #Poésie