Publié le 18 Avril 2023
Quand j’étais jeune, je m’interrogeais souvent, en sombrant dans les volutes nicotinées d’une soirée passée à rien faire (juste fumer, regarder la télé) sur ma faculté à être spectateur. Je culpabilisais. Je me disais que je ferais mieux d’écrire. Seulement j’avais parfois beaucoup écrit, dans la journée, et il faut bien à un moment lâcher du lest. Je flemmardais... Je faisais celui qui ne se rend pas compte qu'il est victime d'un nouvel asservissement. Je voyais bien que je n’étais pas le seul... Dans les autres fenêtres, des autres immeubles, les mêmes petits carrés striés de lumière jaune accusaient la même dépendance à la télévision (et puis, plus tard, à l'écran en général). Mais je ne voyais pas pourquoi je devrais m'en gourmander. Aujourd’hui encore, je ne vois pas de raison de se plaindre de l'intrusion de la télévision dans nos habitats. J’en ai une, que j'utilise assez peu, et je ne vois pas de raison de m'en priver. Comment peut-on apprendre à lutter contre une chose, si on ne l'a pas devant soi ?... En plus de ça, la télévision a apporté toutes sortes de bienfaits, à toutes les catégories de population, à commencer par l'irruption du divertissement à la maison. La contrepartie, évidemment, c’est notre dépendance... Mais doit-on se le reprocher ? Au point de chercher à supprimer le média qui la diffuse ?... Elle n’est pas tant la cause, si on y réfléchit, que le moyen. D’où cette mauvaise conscience qui affleurait, dès cette époque, que je ferais mieux de lire que de regarder la télé. Ce n’est pas tant elle, si on regarde les choses en face, qui est responsable de notre passivité, que l'omniprésence de l'information. Les ordinateurs, les portables, notre propension à être toujours branchés – ailleurs que là où nous sommes. Qui dit société du Spectacle, dit Spectateur... Nous ne pouvons pas nous y soustraire. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de lire, le cas échéant, car la plupart des livres n’ont pas été écrits dans le but d'ensemencer notre servitude, mais notre libre-arbitre, et éventuellement notre part active dans la préhension de ce que nous découvrons. Ils ne cherchent qu'à nous élever, à nous distraire, à nous sortir d'un réel qui n'est pas forcément reluisant – bref 1, à nous permettre de rester en lien avec d'autres esprits par le biais d'univers qui ne sont pas forcément les nôtres.
1 dans une époque où la communication est devenue le lieu de tout, sauf du partage véritable
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