Publié le 19 Décembre 2023
Un astrophysicien, écologiste de la première heure, qui finit par remettre en cause le scientisme. Revigorant & nietzschéen.
n.m. (botanique) : petit arbuste sud-américain, connu pour ses vertus prophylactiques et médicinales ; n.f. (folklore) : "La bolée noire", en breton ; Bol-du (avoir du) : verlan de du-bol, dans le jargon du 9-3
Publié le 19 Décembre 2023
Un astrophysicien, écologiste de la première heure, qui finit par remettre en cause le scientisme. Revigorant & nietzschéen.
Publié le 12 Décembre 2023
Ce monde est terminé
Bien malin qui le nie
Par quel ressort de la pensée parvient-il à ne pas s'en rendre compte ?
Ce monde est terminé
Ce n'est pas moi qui le dis
Nous en sommes tous les maîtres-artificiers
J'en accuse simplement réception
Dans ma main courante
D'autres nous ont avertis avant
Mais nous ne les avons pas écoutés
Ce monde est terminé
Il n'a plus la vigueur de se traîner
Il n'a que la panse repue
De ses privilèges
La fatuité de sa toute-puissance
Il n'a même plus la force de se mouvoir, physiquement
Mais uniquement virtuellement
En direction de la perpétuation de son règne
Et le comblement de sa satiété
Se retourner lui demanderait trop d'énergie
Il n'en a plus la force
Ce monde est terminé
Par les mille interdits, les mille intimations de continuer à faire
Comme si de rien n'était
Par les rituels d'obéissance
D'intériorisation de la servilité
Par notre inféodation
A l'ordre
A la bonne conscience médiatique
A la foutaise trou-de-ballistique
Ce monde est asphyxié
Par tous les côtés
Il n'a plus les moyens d'apporter ce qu'il lui faut pour vivre
Mais uniquement ce dont il a besoin pour répéter
Ce monde est cerné
Par les facilités
La laideur morale et le déni
Ce monde est fini
Vieillissons-y.
Publié le 5 Décembre 2023
« Si les mots viennent du coeur, ils iront droit au coeur, mais s'ils viennent de la langue, ils n'iront pas au-delà des oreilles. »
Publié le 28 Novembre 2023
Enumérons les forces en présence. Un vieux bus rouillé, qui nécessite près de 19 heures de route pour relier Ourgentch à Boukhara. Une chaleur de four, près de 50°C à l'ombre, et pas le moindre espoir d'un coup de vent. Toutes les fenêtres sont condamnées. Une compagnie constituée de voyageurs ronflants, de mégère houspillant ses enfants, ou encore d'un vieil ivrogne qui cuve son vin en beuglant sur la dernière banquette. La première qualité requise semble le sang-froid. Un sang-froid qui est mis à l’épreuve par la présence à mes côtés de ce pauvre hère, qui me raconte sa vie avec le peu de dents qui lui restent. J'essaie de comprendre ce qu'il me dit. Le bus crève un pneu. L’enlèvement de la roue, sa réparation par le chauffeur, et les différentes pauses libations nécessitent à peu près deux heures. Au restoroute de Beruniy, les brochettes de sashliks sont délicieuses, cuites sur des plaques chauffantes qui m'évoquent irrésistiblement le toit luisant sous le soleil de notre bus. Près de 10°C supplémentaires semblent s'être ajoutés lorsque nous remontons dedans. Dans la steppe, des petits lacs d’eau bleue émergent ça et là, comme des creusets. D’interminables barrages ponctuent le trajet, au terme desquels la barrière s'ouvre puis se referme mystérieusement sur la vision d’un gros officier de police qui sue et qui suffoque... La nuit tombe. Les ombres étendent leur règne. Dans le noir, rien ne semble aussi vide que ce désert, piqué de touffes violettes. Mon voisin m’explique en ouvrant sa cannette de bière qu'il faut toujours en recracher la première gorgée, pour se purifier par avance de l'alcool que l'on va ingérer – ce qu'il s'empresse de faire en projetant un puissant trait de bibine sur le parquet du bus déjà jonché par toutes les coques de pipasols qu'il égrène depuis tout à l'heure en provenance d'un sac en papier journal. Une lumière surnaturelle émane du désert. La clarté des dunes émerge des ténèbres du paysage fantomatique. Nous faisons route vers Samarkand.
Publié le 21 Novembre 2023
Titre (provisoire) : Des bâtons dans les roues
ch. 1 : De l'art de n'avoir aucun appui
ch. 2 : De l'exercice de s'enfoncer dans la radicalité et le purisme
ch. 3 : De l'empire d'être seul
ch. 4 : Du confinement dans l'isolement
Publié le 14 Novembre 2023
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Vers sept heures, le père Ledoux passait pour nous chercher dans sa décapotable. Selon que mes parents avaient obéi ou non à l'injonction de venir prendre l’apéritif, il nous abandonnait près des terrains de minigolf. Là, nous rejoignions ses deux fils et la nièce du père Ledoux, Doriane. C’était l’occasion de me refaire une santé dans un environnement plus à ma taille. Dans la tiédeur estivale, une partie de mini-golf s’engageait. Quelquefois, le père Ledoux en profitait pour rester discuter un peu avec le gérant de l'établissement. Progressivement, il me semblait que leurs paroles se mêlaient avec l'environnement, je me souviens. Un monde en miniature, dans lequel les différents éléments de ce parcours constituaient pour nous des épreuves, tandis que pour eux ce n'était qu'un vague décor d'arrière-plan. De temps à autre, la voix du père Ledoux ressurgissait, entre les attractions : « Ah ? mais ce n'est pas très prudent, ça, de ne pas avoir pris d'assurance vie... »
Tels des explorateurs, nous nous coulions dans les différentes activités de cet univers en carton-pâte. Il me semblait que peu à peu, nous rentrions dans les reliefs d'un monde de fantasy. Du fait de leur handicap, les fils du père Ledoux incarnaient qui le valet de ferme, et qui le bouffon du roi. Tandis que la nièce du père Ledoux endosserait bien évidemment le rôle de la princesse en son donjon. Mais ô combien d’obstacles j'aurais à affronter avant !...
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C'était d'abord le Dragon vert, au trou numéro 6. Sa gueule s’entrouvrait pour accueillir la balle, lorsqu'elle était tirée avec suffisamment de force pour remonter le long des flancs. Elle ressortait ensuite de l’autre côté, par la queue du dragon. C’était ensuite le volcan nain, au trou numéro 10. Une éminence conçue de façon que la balle ne cessait de repartir, si on ne l'envoyait pas avec suffisamment de précision. Tel un rocher de Sisyphe. Lorsque vous aviez frappé assez fort, elle finissait par parvenir dans un petit cratère, où elle se coulait, comme dans un creuset. C’était enfin, sorte d'aboutissement à cette suite logique, les forges de Vulcain. Constituées d’une manière d'alambic, censé se trouver dans les profondeurs de la terre, nous piétinions devant, pendant de longues minutes, afin de faire parvenir la balle dans son balancier pour qu'elle retombe, lorsqu'elle avait atteint le point d'équilibre. Pendant ce temps, le Père Ledoux en arrivait au chapitre bris de verre & intempéries. « Ah mais je me sens obligé de tirer pour vous la sonnette d'alarme...». Alors, comme s'il avait soufflé un coup de vent providentiel, les éléments du parcours semblaient se parer d'une pellicule de givre. « Les coups de tabac, ça ne prévient pas. Ça vous tombe dessus au moment où vous vous y attendez le moins !... »
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A la fin – entre la caisse du minigolf et un minuscule arbre rabougri –, pointaient les flancs du trou numéro 18. Le dernier obstacle. Un château fort ! Il fallait envoyer la balle avec suffisamment de force pour qu’elle atteigne le sommet – et pour que le gong résonne. C’était en général le moment que choisissait Ledoux pour pousser plus avant son petit argumentaire : « Mais comment ça, pas de typhons dans la région ?... Croyez que les typhons choisissent leur endroit pour s’abattre, mon cher monsieur ?... »
Toutes mes rêveries, alors, s'effondraient. Tous les efforts que j’avais faits pour me transporter dans cet univers de contes de fée semblaient fauchés dans leur envol. Devant moi, ne restait plus qu'un amoncellement de constructions noirâtres, en contreplaqué vermoulu, au milieu d'un grand terrain vague, parsemé de flaques. Le parcours de minigolf avait littéralement disparu pour ne plus être qu'un parc aux attractions miteuses. Le gong retentissait, indiquant que le trou 18 avait été atteint par n'importe lequel d'entre nous – et, sans me préoccuper de qui avait gagné ou non, je me laissai emporter jusqu’à la décapotable du père Ledoux.
Précédent : Rencontre avec le père Ledoux
Publié le 7 Novembre 2023
« Les peuples où les hommes pensent que la littérature n’est qu’un loisir sont des peuples perdus. La littérature est un plaisir, mais non un loisir ni une distraction. La littérature, c’est la sève même de la vie, restituée de manière infalsifiable. La littérature ment en permanence pour dire le vrai, mais un écrivain qui ment à son lecteur n’est pas un bon écrivain et ne restera pas. La sincérité totale est la première vertu d’un auteur. C’est sans doute pourquoi Victor Hugo écrivait nu. »
Slobodan Despot
Publié le 24 Octobre 2023
Le père Ledoux exerçait la noble profession d’assureur, dans la région de Bourg-en-Bresse. A ce titre, il connaissait un membre de ma famille – qu’il avait dû démarcher. Par coïncidence, nous apprîmes que ce notable bressan devait venir passer ses vacances au même endroit que nous, dans le Gard. Rendez-vous fut donc pris pour le mois d’août suivant.
Par la force des choses, nous fûmes obligés de le rencontrer, lui et sa famille, puis de le fréquenter. Il s'avéra que Ledoux n'était pas un mauvais bougre. Sa femme, par contre, n'était pas très avenante. Il y avait cependant chez lui un côté un peu raseur, qui faisait qu'il fallait toujours qu'il s'impose aux gens, et qui ne plaisait pas beaucoup aux adultes. Probablement Ledoux avait-il choisi de noyer les chagrins d'une existence brouillonne dans cette suractivité bouillonnante... Toujours est-il que, dès qu'il rencontrait des gens, il fallait qu'il leur mette le grappin dessus. Et, plus il réussissait à réunir de gens, dans cette entreprise, plus il semblait heureux.
Ce qui n’était pas pour déplaire aux enfants que nous étions. Mais il y avait aussi les parents, qui eux le subissaient, et qui ne partageaient pas forcément le même point de vue. En d'autres temps, probablement Ledoux aurait-il pu exercer la profession de détrousseur de bourses, dans les forêts du Bugey d'où il était originaire, ou de robin des bois de la redistribution mutualiste, étant donné qu'il ne faisait finalement que détourner par des voies officieuses l'argent à ceux qui se l'étaient arrogé. Mais les temps étaient durs – surtout ceux où il avait grandi – et la fatalité l’avait si tôt frappé qu'il avait dû se dénicher cette couverture pour éviter de se compromettre dans des règlements de compte trop oiseux. Un premier fils tétraplégique, et un second qui avait hérité du même tic nerveux que lui (renifler sans arrêt) eurent tôt fait de le convaincre qu'il n'était pas le mâle alpha. Persuadée de n’être responsable de rien, sa femme opta pour sa part pour un report complet de son affection sur le cheval – une passion qu'elle avait dû refouler depuis l'enfance. A force d’insistance, elle parvint à lui faire acheter une jument, puis une autre, qu’il assura dûment, avant de les emmener partout où ils allaient. Elle ne faisait qu’en parler, je me souviens, et je me souviens aussi qu’il me paraissait particulièrement intrigant, lorsque nous étions chez eux pour l'apéritif, de l’entendre se répandre sans continence sur son cheval alors qu'à ses côtés, son mari et ses deux fils « hennissaient » de souffrance.
De son côté, le père Ledoux fit son « mea culpa » différemment. Il accepta de se dire qu'il n'était probablement pas le géniteur idéal, et reporta tous ses efforts sur le travail. Ce qui fit rapidement de lui un assureur envahissant. (Façon Séraphin Lampion.) Dès qu'il voyait mes parents, il leur mettait le grappin dessus. Que ce soit pour un apéritif, ou pour une partie de tennis, il fallait absolument qu'il s'aliène leur présence et les mette dans son giron... Au bout de plusieurs jours, mes parents n'en pouvaient plus. Ledoux débarquait chez nous sans crier gare, à tout moment, surgissant entre les haies qui bordaient notre jardin. Je le revois encore, plein de sa tonicité coutumière, leur dire par-dessus la grille : « Une petite pétanque ? Un apéro à la maison ?... » Le fait de le voir apparaître entre les haies, pour moi, était comme une énigme appétissante (c'était comme un toast qui aurait surgi de son grille-pain). Mais elle n'en était nullement une pour mes parents qui, quelques heures plus tard, devraient repasser ces haies en sens inverse en compagnie de Mme Ledoux et de son cheval.
On imagine bien, à la fin de l'été, quel devait être le soulagement pour mes parents de se voir enfin débarrassés de lui. Ils ne se doutaient pas qu’ils allaient devoir rempiler l’année suivant, lorsque l'encombrant assureur leur apprendrait qu'il avait décidé de s’acheter une maison de villégiature dans la région. A partir de là, tout ne fut plus qu'esquive, fuite et sauts d'obstacles… Je n’étais pas du même avis qu'eux. Je restais envoûté par l’énergie de cet homme exubérant. Peut-être la conscience de la tare génétique qu’il possédait l’avait-elle convaincu qu'on ne peut pas s’assurer contre le destin, et qu'il vaut mieux se montrer généreux plutôt que de chercher à se prémunir de partout. Toujours est-il qu'il nous emmenait aussitôt qu'il le pouvait en promenade, ou en excursion. Il était d’une générosité extrême, et je ne pouvais m’empêcher de voir en lui tous les attributs d'un père prodigue. Sa magnanimité atteignait son point d'orgue lorsqu'il nous emmenait à des exhibitions nocturnes, ou à des spectacles de magie. C'était dans des petites caves nichées sous la garrigue. Ces soirs-là, lorsque nous étions invités à l'accompagner, dans le silence irréel imposé par les gants blancs du prestidigitateur, nous assistions à des tours de cartes, je me souviens, ou à des escamotages de lapin. J'étais complètement sous le charme. Le magicien enquillait les tours, dans la pénombre parcimonieuse des petites caves voûtées du conseil général, et ce n'est que longtemps après que le spectacle s'était terminé, lorsque les lumières revenaient, que je retournais à la réalité, finissant par entendre dans le fond de la salle les reniflements de patriarche satisfait du père Ledoux qui se réveillait en s'étirant dans un bâillement expressif, à la vue de toutes les petites têtes blondes qui se trouvaient bien alignées devant lui.
Suite : La partie de minigolf
Publié le 16 Octobre 2023
Publié le 10 Octobre 2023
J’étais si seul à Santiago
Personne autour à qui parler
Des inconnus, du froid, du chaud
Quelques vapeurs sur le pavé
J’étais si seul à Santiago
Dans cette grande ville, toute délabrée
Que même ma chambre, sombre cachot,
Semblait pays de liberté
J’étais si seul à Santiago
Sous le soleil, comme écrasé
Dans une arène, par le taureau
Qui couine et rue sous les fumées
J’étais si seul à Santiago
Que rien ne pouvait m’apaiser
Ni le repas, ni le repos
Ni le retour tant escompté !